• Fontfroide et sa roseraie

     

           
         Fontfroide et sa roseraie
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    Alors ! Raconte ! N° 157

                                                   Fontfroide et sa roseraie

     Nos prises d'images 16 Octobre 2015.

        

            Située entre Narbonne et Lagrasse à 227 m d’altitude l’abbaye de Fontfroide est l’une des plus grandes de France. Aymeric II, Vicomte de Narbonne, choisit ce site, en 1093, près d’un torrent d’eau froide. ‘’fons frigida = source froide. Ce torrent alimentait le puits de la cour Louis XIV lors de la fondation du monastère.

            Elle a été en premiers temps une abbaye bénédictine appliquant les principes religieux de St Benoit (480 après JC) qui est l’organisateur de l’office religieux.

            En 1145, l’abbaye intègre l’ordre cistercien, qui n'est qu'un rameau déformé de l'ordre bénédictin lors de la venue de Saint Bernard de Clairvaux dans la région languedocienne. L'ordre de Cîteaux prêche pour le silence complet et le retrait du monde des religieux. C'est une source de sagesse et d'inspiration. L'expansion de l'abbaye est considérable et rapide, elle apporte des richesses. Les moines sont dans le luxe qui pervertit l’idéal monastique. L’abbé St Bernard de Clairvaux qui est un épicurien notoire, assimile richesse à autorité et prône pour le faste liturgique. Tous les jours, ils lisent les Saintes Ecritures (Lectio Divina) pendant une demie heure le matin et autant l'après midi. Cette lecture comporte le ''Lectio'' - on lit le passage, le "Médiatio" - on réfléchit sur le texte, sur les expressions, sur les mots particuliers, L'"Oratio" - on ouvre son cœur à Dieu et on converse avec lui, Le "Contemplatio - on écoute la voix de Dieu, on libère ses propres pensées, on ouvre son esprit et son âme à l'influence de Dieu. Dans l'Eglise abbatiale, le père abbé après avoir chanté "le prime-la première heure du jour " évoque les saints à commémorer les jours suivants puis dans le Salle Capitulaire appelée aussi Salle du Chapitre il répartit les tâches du travail quotidien. Cela se termine par la confession publique pour les manquements à la règle - le mea culpa . C'est le seul moment où les moines conventuels parlent. Ainsi se passe la journée d'un moine. Nourrir son esprit ce qui coupe la faim.

           Les exploitations agricoles issues des donations seigneuriales rapportent à la communauté qui devient à partir du XIIe siècle l'une des plus prospères abbayes cisterciennes de la chrétienté. Le domaine foncier s'étend sur la plaine entre Béziers et Perpignan sur plus de 30000 hectares. Cette richesse dure jusqu'à la moitié du XIVème siècle.

           Dans l'abbaye, les moines ne peuvent ni sortir ni parler. Pour ne pas tomber dans l'excès de chair, ils sont végétariens. Les repas pris en commun sont souvent composés de fèves, de lentilles, de pois secs, d'un plat à base de poisson, fromage et fruits. Comme boisson, ils pouvaient boire une hémine de vin par jour soit 0,25cl.

            Ils font exploiter les terres par des frères convers  (des religieux ouvriers non tonsurés) qui ne connaissent pas le latin, peu instruits, issus de familles pauvres, ils sont une catégorie séparée des moines qui eux se consacrent totalement à l' Opus Dei, l'œuvre de Dieu. . Les frères bergers, agriculteurs, apiculteurs produisent tout, laissant le soin de la prière et des tâches plus nobles aux moines (notamment les écritures et la création d’enluminures). Ces moines conventuels, selon la règle de St Benoît ne peuvent quitter le monastère. Pour éviter le contact avec les frères convers, l'abbaye est scindée en deux parties séparées par un couloir appelé Ruelle des Convers. Les moines conservent l'église abbatiale dont la voute de 21 m de hauteur est orientée à l'Est pour honorer Dieu à soleil levant, la Chapelle des morts attenante à l'Eglise abbatiale où la communauté des moines venait prier sur les corps de leurs frères morts jusqu'à complète décomposition avant d'être enterrés dans le terrain de la roseraie. Dans cette  petite chapelle aux vitraux futuristes réalisés en 2009 par Kim En Joong trône un calvaire minéral de près de trois mètres de hauteur. Cette croix représente sur ses deux faces, d'un côté le Christ et de l'autre côté la Vierge,  la salle capitulaire où sont prises les décisions, le cloître  et leurs parties  privées.

     

     
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             Salle capitulaire                       calvaire Chapelle des Morts

      Les frères convers conservent la cour pour l'entretien séculier, leur salle de repos, leur dortoir dont Gustave Fayet restaura les vitraux en réalisant tel un puzzle à partie de fragments d'anciens vitraux récupérés dans les décombres d'anciennes églises bombardés lors de la dernière guerre notamment de la basilique de Reims, le cellier où ils stockent les provisions  les cuisines et le réfectoire . Cette dernière pièce construite à la fin du 12ème siècle pouvait recevoir entre 200 et 250 convers. La communauté vie entièrement en autarcie.

     

     
       


     

     

     
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                                        Fragments de vitraux

     Fontfroide et sa roseraie 

     

     

     

     

      Dortoir des Convers

           

     

             En 1147, la vicomtesse de Narbonne Ermessende héritière du vicomté de Narbonne-Lara fait don à l’abbaye de Fontfroide d’un ensemble de terres attenantes au monastère. L’abbaye devient une puissance foncière et prend son autonomie. Entre temps, la population  environnante afflue pour les miracles de ses reliques mais ne peut voir la communauté de moines. L'abbaye de Fontfroide est protégée par Béziers et Narbonne. L’abbaye possède 30000 ha de terres  24 granges et un cheptel de 20000 bovins et caprins. L'abbaye s'agrandit et conformément à leur principe religieux, il n'y a aucune représentation humaine ni animale dans l'architecture. Seule la végétation est présente sur les chapiteaux des colonnes du cloître.

     

           
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          Chapiteaux                            Cloitre                     Chapiteaux

     

            Le cloître de forme carrée est le cœur de la vie spirituelle. Il sert de promenade, et de lieu de méditation et de lecture. C'est aussi une galerie de service qui dessert les cuisines, le réfectoire des moines et le scriptorium où ils copiaient leurs livres. On peut voir dans la galerie sud deux bassins de pierre qui servaient à la cérémonie du mandatum lorsque les cisterciens lavaient des pieds chaque samedi.   

             En 12O8, les moines cisterciens combattent l’ orthodoxie cathare qui va engendrer la Croisade des Albigeois. Pierre de Castelnau, moine de l'abbaye deviendra prélat du pape Innocent III et recherchera au sein même de sa communauté les religieux convaincus d'hérésie qu'il dénoncera et chassera de Fontfroide. Cela ne lui porta chance car il fut assassiné par un écuyer de Raymond VI Comte de Toulouse à Avignonet dans le Lauraguais.

             En 1252  un conflit éclate entre les moines qui veulent le silence et les ouvriers qui font du bruit en recherchant des filons d’argent dans le puits de la cour centrale appelée cour de Travail. Au Moyen Age, cette cour abritait des ateliers ( forge, menuiserie, boulangerie centrés autour du puits. Dans ce puits de la discorde coule une eau de source très froide qui donna le nom de Fontfroide (fons frigidus).

             1311, c’est l’heure de gloire. Jacques Fournier, supérieur de l’Abbaye, devient le pape Benoit XII - troisième pape d' Avignon de  1311 à 1317. La tiare accrochée dans la galerie ouest rappelle cet avènement.

     

     

     

           
       Fontfroide et sa roseraie    Fontfroide et sa roseraie


     

     

                                  Jacques Fournier(Benoit XII) et sa tiare

     

     

             En 1348, la peste noire sévit. Il ne reste que 20 moines sur près de 300 que comptait l’abbaye.

             En 1378, c’est le Grand schisme de l’Occident. Pendant 40 ans, la chrétienté restera divisée. Un antipape à Avignon – Clément VII. Le premier des 6 papes (4 Avignon + 2 Pise).

             En 1476 Le régime de la commende est instauré. Ce système sécularise les fonctions de l’abbé commendataire nommé par le pape, puis par le roi en 1516 – pouvoir de désigner les évêques – les revenus de l’abbaye sont reversés à l’abbé conventionnel nommé par le père abbé de Clairvaux. Mais souvent, ces abbés commendataires ne reversent que le minimum des revenus à la communauté qui s'appauvrit et diminue en nombre. Plusieurs abbés viennent d'Italie dont le premier qui se nomme Hippolyte d'Este, cardinal de Tivoli mais surtout à la famille des Frégose à qui l'on doit les jardins à l'italienne qui surplombent  aujourd'hui la cour d'honneur de l'Abbaye. Ils font 7 fois la messe par jour. Discipline accrue.

              En 1594, les chapitres de Cîteaux aident les pauvres abbés commendataires qui ont peu de revenus. La communauté ne compte que 16 moines.

              En 1764. L’abbaye perd son titre mais une dizaine de moines poursuit à Fontfroide une vie de seigneurs bien éloignée de leur idéal monastique fondateur. Elle est rattachée au Siège épiscopal d'Elne.

               En 1791 c'est la décadence. Les cabriolets, les chaises à porteurs et même les tapis de billards sont mis en vente. Mise en vente mais vente cassée car le prix est trop inférieur à l'estimation.

               En 1791 pendant la Révolution, le monastère devient bien  national. Les revenus sont affectés aux hospices de Narbonne  Le dernier moine est expulsé de l’abbaye.

               En 1805 pendant le Concordat, les paroissiens pillent l’abbaye, les dallages, les autels.

               En 1830, l’hospice de Narbonne qui gère ce qui reste vend des colonnes de l’abbaye qui ne  seront de retour qu’en 188O.

               En 1833, l’abbaye est vendue à Monsieur de Saint Aubin qui y laisse sa fortune en entreprenant la restauration des bâtiments. Dix ans plus tard, 1843 - après la visite de Viollet le Duc, l'église abbatiale, le cloître et la salle capitulaire sont classés Monument historique par Prosper Mérimée, ce qui permet à une nouvelle communauté de cisterciens venus de Sénanque de s'installer à nouveau en ce lieu.

               Abandonnée depuis 1901, Gustave Fayet rachète l’abbaye en 1908 alors qu’un collectionneur américain s’était porté acquéreur du cloître. G.Fayet restaure l’édifice. C’est un touche à tout. Avec le concours d'un de ses amis, Richard Burgsthal il restaure en 1908 les vitraux de l'église. Il fait venir une colonie d’artistes (Mayol – Ravel Odilon - Henry de Montfreid). Il fait déplacer du château de Montmorency à Pézenas la cheminée monumentale qui est purement décorative dans le Réfectoire des Convers. L’abbaye est actuellement privée. Elle appartient au petit fils de Gustave et Madeleine Fayet, Nicolas d'Andoque. Lieu de culture et de foi, l'abbaye possède à l’intérieur de très beaux tableaux mais beaucoup ont été vendus pour payer la restauration des bâtiments. Les descendants continuent  d'entretenir ce lieu et transmettent son histoire.

     

     
     

     Fontfroide et sa roseraie

             A l'extérieur on peut admirer une reconstitution du char d'Apollon.

     

             Malheureusement l'abbaye est vide de meubles sauf la partie privée du propriétaire.

             En 2012 c’est un site majestueux avec ses jardins en italienne en terrasses, son réfectoire de 50m de long, son cloître du 13esiècle, ses colonnes en marbre rose,  sa roseraie créée en 1689 à la place du verger et de l'ancien cimetière des moines. Cette roseraie organisée autour d'un bassin circulaire est mise en harmonie avec des plantes vivaces méditerranéennes.  Ce site majestueux est le plus beau  des Corbières (2500 rosiers avec 14 variétés différentes). Détruits en 1986 par un incendie, restaurés, les Jardins en terrasses ont conservé cet air italien si cher à sa créatrice Constance de Frégosse au XVIème siècle, mère d'un abbé commendataire. Ils ont été remaniés par Gustave Fayet et sont classés "Jardins Remarquables" Cette cité monastique

     a été miraculeusement préservée des aléas de l’histoire. Cette belle visite photographiée sous tous les angles  en octobre dernier se termine par des roses.

     Le plus bel hommage que les murs nous ont apporté.

               
     

     Fontfroide et sa roseraie

     

     Fontfroide et sa roseraie

     

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                                      Madeleine FAYET

     

             C’est un des plus beaux édifices du Midi où les différentes couleurs des pierres qui varient selon leurs expositions reflètent la patine du temps. Allez- y, ça vaut le coup d'œil. Vous pouvez  en sortant goûter les vins de l’Abbaye, manger au restaurant ‘’ La Table de Fontfroide’’ et, si votre état le permet encore écouter le chant des cigales ou des grillons à défaut de chants grégoriens. 

     

    JC d’Oc 03.2010 MAJ 10/2015

     

     

     

           
     

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                   Vitraux de Kim En Joong installés en 2008 dans la chapelle des morts.


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