• L’abbaye de Fontfroide

     

     

    Alors ! Raconte ! N° 23

     

     

     

     

     

                                              L’abbaye de Fontfroide.

     

         

     

     

     

            Située entre Narbonne et Lagrasse à 227 m d’altitude l’abbaye de Fontfroide est l’une des plus grandes de France. Aymeric II choisit ce site, en 1093, près d’un torrent d’eau froide. ‘’fons frigida = source froide d'où provient son nom.

      

            Elle a été en premier temps une abbaye bénédictaine appliquant les principes religieux de St Benoit (480 après JC) qui est l’organisateur de l’office religieux.

     

            En 1145, l’abbaye intègre l’ordre cistercien qui n'est qu'un rameau déformé de l'ordre bénédictin  lors de la venue de Saint Bernard de Clairvaux dans le Languedoc. L'ordre de Cîteaux prêche pour le silence complet et le retrait du monde pour les religieux. L'expansion de l'abbaye est considérable et rapide, elle apporte des richesses. Les moines sont dans le luxe qui pervertit l’idéal monastique. L’abbé St Bernard qui est un épicurien notoire, assimile richesse à autorité et prône pour le faste liturgique. Tous les jours, ils lisent les Saintes Ecritures ( Lectio Divina) pendant une demie heure le matin at autant l'après midi. Cette lecture comporte le " Lectio" - on lit le passage, le "Médiatio" - on réfléchit sur le texte, sur les expressions, sur les mots particuliers, l'"Oratio" - on ouvre son coeur à Dieu et on conserse avec lui, l' "Contemplatio" - on écoute la voix de Dieu, on libère ses propres pensées, on ouvre son esprit et son âme à l'influence de Dieu. Ainsi se passe la journée d'un moine. Contempler, nourrir son esprit ce qui coupe la faim.

     

            Les exploitations agricoles rapportent à la  communauté. Les moines ne peuvent ni sortir ni parler Pour ne pas tomber dans l'excès de chair, ils sont végétariens. Ils font exploiter les terres par des frères converts  (des religieux ouvriers) qui ne connaissent pas le latin, peu instruits, issus de familles pauvres, ils forment une catégorie séparée des moines qui eux se consacrent totalement à l'Opus Dei, l'Oeuvre de Dieu. Les frères bergers, agriculteurs, apiculteurs produisent tout, laissant le soin de la prière et des tâches plus nobles aux moines (notamment les écritures et la création d’enluminures). Pour éviter les contacts entre les moines et les frères convers, l'abbaye est scindée en deux parties séparées par un couloir. Les moines conservent l'église abbatiale, la salle capitulaire où sont prises les décisions, le cloître, le réfectoire et les parties privées. Les frères convers conservent la cour pour l'entretien séculier, leurs salles de repos, le cellier où ils stockent les provisions et les cuisines. La communauté vit entièrement en autarcie.

     

             En 1147, la vicomtesse de Narbonne Ermengard fait don à l’abbaye de Fontfroide d’un ensemble de terres attenantes au monastère. L’abbaye devient une puissance foncière et prend son autonomie. Entre temps, la population  environnante afflue pour les miracles de ses reliques.  Fontfroide est protégée par Béziers et Narbonne. L’abbaye possède 30000 ha de terres, 24 granges et un cheptel de 20 000 bovins et caprins. L'abbaye s'agrandit et conformément à leur principe religieux, il n'y a aucune représentation humaine ni animale dans l'architecture. Seule, la végétation est présente sur les chapiteaux des colonnes du cloître.

     

             En 12O8, les moines cisterciens combattent l’hérésie qui va engendrer la Croisade des Albigeois. Pierre de Castelnau, moine de l'abbaye deviendra prélat du pape Innocent III et recherchera au sein même de sa communauté des religieux convaincus d'hérésie qu'il dénoncera et chassera de Fontfroide. Cela ne lui porta pas chance car peu de temps après il fut assassiné à St Gilles par un écuyer de Raymond VI Comte de Toulouse.

     

             En 1252  un conflit éclate entre les moines qui veulent le silence et les ouvriers qui font du bruit en recherchant des filons d’argent dans les puits.

     

             1311, c’est l’heure de gloire. Jacques Fournier, moine de l’Abbaye, devient le pape Benoit XII de  1311 à 1317.

     

             En 1348, la peste noire sévit. Il ne reste que 20 moines sur près de 300 que comptait l’abbaye.

     

             En 1378, c’est le Grand schisme de l’Occident. Pendant 40 ans, la chrétienté restera divisée. Un antipape à Avignon – Clément VII. Le premier des 6 papes (4 Avignon + 2 Pise).

     

             En 1400 Le régime de la commende est instauré (système qui sécularise les fonctions de l’abbé – pouvoir de désigner les évêques – les revenus de l’abbaye restent à l’abbé conventionnel nommé par le père abbé de Clairvaux.) Ils font 7 fois la messe par jour. Discipline accrue.

     

              En 1594, les chapitres de Cîteaux aident les pauvres abbés commendataires.

     

              En 1764. L’abbaye perd son titre. Elle est rattachée à Perpignan – Décadence.

     

               En 1791 pendant la Révolution, le monastère devient bien  national. Le dernier moine quitte l’abbaye.

     

               En 1805 pendant le Concordat, les paroissiens pillent l’abbaye, les dallages, les autels.

     

               En 1830, l’hospice de Narbonne vend des colonnes de l’abbaye qui ne  seront de retour qu’en 188O.

     

               En 1833, l’abbaye est vendue à Monsieur de Saint Aubin qui y laisse sa fortune.

     

               Abandonné depuis 1901, Gustave Fayet rachète l’abbaye en 1908 alors qu’un collectionneur américain s’était porté acquéreur du cloître avec le risque de voir disparaître les colonnes du cloître comme fut le cas à l'abbaye de Gelonne à Saint Guilhem.  G.Fayet restaure l’édifice. C’est un touche à tout. Il fait venir une colonie d’artistes (Mayol – Ravel - Odilon). L’abbaye est actuellement privée. Elle appartient au petit-fils de Gustave et Madelaine Fayet, Nicolas d'Andoque.  Elle possède à l’intérieur de très beaux tableaux mais beaucoup ont été vendus pour payer la restauration des bâtiments. Malheureusement l'abbaye est vide de meubles sauf la partie privée du propriétaire. A l'extérieur on peut admirer une reconstitution du cher d'Apollon.

     

             En 2012 c’est un site majestueux avec ses jardins italiens en terrasses, son réfectoire de 50m de long, son cloître du 13esiècle, ses colonnes en marbre rose,  sa roseraie la plus belle des Corbières (3000 rosiers différents). Cette cité monastique a été miraculeusement préservée des aléas de l’histoire. Elle a conservé son église abbatiale ainsi que  les bâtiments des frères convers.

     

             C’est un des plus beaux édifices du Midi où les différentes couleurs des pierres qui varient selon leurs expositions reflètent la patine du temps. Allez- y, ça vaut la visite. Vous pouvez et en sortant goûter les vins de l’Abbaye, manger au restaurant ‘’ La Table de Fontfroide’’ et, si votre état le permet écouter le chant des cigales à défaut de chants grégoriens.

     

     

     

    JC d’Oc 02/2013

     


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