• Les Cathares et la Croisade des Albigeois

     

     

        
    Alors ! Raconte ! N°39. 

     

    A la demande de quelques amis.

     

     

     

                                      Les Cathares et la Croisade des Albigeois.

     

     

     

                  ‘’Tous l des membres de l’Antéchrist, les premiers nés de Satan, de la mauvaise graine, des fils de scélérats, d’hypocrites menteurs. Ils sont pires que des infidèles ! s’écriait Innocent III, cet italien devenu pape en 1198. L’hérétique ou prétendu comme tel, devait être arrêté, jugé devant un tribunal épiscopal, excommunié et remis au roi pour faire appliquer la peine corporelle. Protecteurs, receleurs, complices, les peines spirituelles pouvaient aller jusqu’à l’excommunication. Mais qu’est cette doctrine qui émergea au XIème siècle. C’est le résultat d’un rigorisme religieux et moral qui prenait au pied de la lettre les enseignements de l’Evangile. Cette rigueur rejetait l’adoration de la Croix, la communion et la messe, le culte de la Vierge et des reliques. Mais surtout, elle  dénonçait le monde corrompu du clergé pour ses compromissions et ses faiblesses.  L’hérésie est responsable de tout lorsque la paix de la foi est menacée et pourtant, ces gourmands de poisson n’étaient pas dangereux. La guerre sainte n’est pas une simple opération de police et le banditisme pratiqué par les ‘’Routiers’’ à la solde des seigneurs puissants du royaume avait déjà en 1170 fait l’objet d’une croisade dans le Limousin.

     

                   Mais, pour parer à une nouvelle éventualité, Innocent III demanda au roi de France Philippe Auguste de durcir la pression contre les hérétiques  que l’on appelait ‘’les parfaits’’ et en même temps il prêcha pour convaincre les prélats, princes, barons et fidèles du pays de prendre les armes pour lutter contre les dissidents. Il décida même de confisquer leurs biens. Comment confisquer le bien d’un fauteur d’hérésie, tel le comte de Toulouse, d’Albi, de Carcassonne, de Foix et vicomte de Béziers ? Ils ne vont pas se confisquer eux-mêmes leurs biens!

     

                    En décembre 1203, le pape écrivit à son vassal Philippe Auguste de confisquer ouvertement les biens du Comte de Toulouse. Il ne fallut pas six mois pour que le pape ne s’aperçoive de l’inefficacité de sa demande. Le Roi de France ne répondit pas aux sollicitations du prélat.

     

                    En France, l’hérésie gagnait du terrain. Elle faisait tâche d’huile. Dans le Nord, le Centre, des brumes hérétiques s’estompèrent rapidement tandis que dans le Sud, le ciel était plus noir et de plus, Raymond VI entretenait ces foyers d’hérétiques comme il avait entretenu  les foyers des Routiers. Ces Routiers qui volaient les églises, qui dévalisaient les pèlerins qui faisaient le Chemin de Compostelle et bien d’autres méfaits antireligieux.

     

     

     

                     En avril 12O4, Raymond VI  Comte de Toulouse, signe un pacte d’alliance défensive avec son  beau-frère Pierre II, comte de  Barcelone.

     

                     En janvier 1205, le pape relança Philippe Auguste, le suppliant de mettre de l’ordre dans le comté de Toulouse, Carcassonne et Foix. Il n’y eut toujours  pas de réponse.

     

                    Même demande en 1207. Le roi de France répondit que la guerre venant de se rallumer avec l’Angleterre, il n’avait pas d’armée qu’il puisse recruter contre les cathares.

     

                    Le super intendant d’Innocent III, Pierre de Castelnau est assassiné près de Saint-Gilles en 1208. Le pape, prétendant  que le Comte de Toulouse est le commanditaire du crime, excommunie ce dernier et lance la croisade des Albigeois.  « En avant, chevaliers du Christ ! En avant courageuses recrues de l’armée chrétienne ! Vengez l’offense faite à votre Dieu ». Toute personne catholique doit combattre le Comte de Toulouse et  garder sa terre. Cette fois, Philippe Auguste se rebiffa pour de bon. Il réagit plus violemment que par le passé.  « Vous n’avez pas le droit d’agir ainsi ! » Le comte de Toulouse était son vassal et le droit de dépossession n’appartenait qu’à lui, le roi; non au Saint Siège.

     

                     Il s’en suivit une intense campagne de prédication. Le pape fit sa bulle du 10 mars 1208 qui formula la théorie canonique de la croisade.  Le désir de gagner des indulgences et la certitude  en s’engageant dans cette croisade, comme des croisés d’Orient, finit par convaincre le roi et ses chevaliers  du royaume ‘’pour prendre la croix" (lever une armée de croisés).

     

                   Pendant que la peste hérétique gagnait le Midi, des croisés germaniques et aragonais étaient aux portes du royaume de France.  Le fiasco de la quatrième croisade d’Orient canalisait les forces sur la croisade albigeoise. Aux chevaliers d’Ile de France, de Normandie, de Picardie, de Flandre, de Bourgogne se joignaient des Bavarois, des Autrichiens et même quelques Anglais. De plus à cette force internationale se joignaient les seigneurs d’Auvergne, du Limousin, de Gascogne avec à leur tête l’abbé Arnaud-Amaury. Ces français, ces Occitans avaient des comptes à régler avec le comte de Toulouse.  Il fallait attaquer les vicomtés avant d’atteindre le comté de Toulouse. Raymond VI, comte de Toulouse, voyant arriver la guerre aux portes de ses Etats, partit vite à Saint Gilles où le 18 juin, au cours d’une humiliante cérémonie fit serment de fidélité à l’Eglise romaine et même prit ‘’ la croix’’ pour chasser les hérétiques de son comté. A l’abri de la guerre, il fut blanchi de complicité d’hérésie et du meurtre de Pierre de Castelnau………mais cette armée de croisés était déjà aux portes de Béziers.

     

                       Au mois de juillet 1209, l’armée, après être passée  à Montpellier la catholique,  stationna dans Servian abandonné de ses habitants. L’évêque de Béziers communiqua au chef des croisés l’abbé de Citeaux, les noms des 223 hérétiques de la ville. Celui-ci demanda aux Consuls qu’ils lui fussent livrés. Ils refusèrent et sur- le- champ, portes ouvertes, la ville fut prise d’assaut le 22 juillet 1209 et les habitants massacrés y compris les catholiques. Les maisons brulèrent, les habitants passés par la pointe des épées. La folie meurtrière dura près de deux jours. Dans l’église de la Madeleine, les blessés et le restant de survivants furent massacrés. ‘’Le sang montait jusqu’aux chevilles’’ selon un chroniqueur de l’époque. Contrairement à la légende, il n’y eut pas de bûcher sur la Place de la Madeleine mais l'église fut entièrement brûlée.

     

                       « Massacrez-les, car le Seigneur connaît les siens »

     

    Cette  citation  historique a été  par l’histoire modifiée par :

     

                        « Tuez-les tous ! Dieu reconnaîtra les siens. »

     

                     Entre 8.000 et 15.000 biterrois  moururent. La ville pillée, brûlée mettra des décennies  pour se relever. La cathédrale Saint Nazaire fut détruite.

     

                     Les croisés prirent la route pour aller combattre  Carcassonne  où le jeune vicomte Raymond-Roger de Trancavel s’était réfugié derrière les remparts. Au passage, le village de Montady fut entièrement détruit et brûlé.  Narbonne épargnée. Carcassonne fut à son tour conquise par Arnaud-Amaury. L’été torride avait tari leurs puits et de plus la maladie et la puanteur faisaient le reste. Le vicomte, sorti  pour parlementer, fut fait prisonnier par traitrise le 15 août 1209 et mourût la même année d’une épidémie de dysenterie. (non démontrée...mais sûrement, le poison a fait son oeuvre. Les barons qui avaient porté main-forte à  Arnaud-Amaury refusèrent la terre de la vicomté. C’est Simon de Montfort, qui après une élection fut désigné vicomte de Béziers, de Carcassonne et de Foix. C’est ainsi que ce parisien des Yvelines fit son entrée dans la scène ‘’ albigeoise’’.

     

                       Il prit le contrôle de l’armée et s’achemina vers Toulouse pour contrer le comte Raymond VI dont le pardon que l’Eglise lui avait accordé à Saint Gilles était devenu caduc. En chemin il démantela les foyers hérétiques de Fanjeaux riches en maisons de parfaits et de parfaites. Puis ce fut le tour de Termes et de Puivert. De  nombreux « castrums », situés à quelques kilomètres de la route de Simon  de Montfort se vident de ses habitants qui redoutaient d’être pendus ou brulés.

     

                        En juillet 121O, le 15 juin, les Croisés installent leur siège devant Minerve. Des catapultes sont placées au dessus de la Cesse et face à Minerve. Les murs sont pilonnés sans arrêt. Le chemin couvert est détruit. En juillet, le causse est aride et la rivière Bruant à sec. Le manque d’eau sera le talon d’Achille de Minerve. De plus, l’unique puits (le puits de San-Rustic) est tout près des fortifications. La ‘’Malvoisine’’, catapulte située en face du puits lance non pas des pierres mais des animaux morts qui, au bout de quelques jours amèneront des maladies  en pourrissant.

     

     
                         Cette machine de guerre était constituée d'un contrepoids et d'une fronde. Sa portée de tir pouvait atteindre 200 mètres avec des boulets de 150kg mais sa cadence de tir était faible: 1 à 2 coups à l'heure. Par contre, il fallait tout autour une centaine d'hommes et une dizaine de chevaux pour la servir.

     

                        Minerve n’aura plus qu’à capituler.

     

                        Guilhem de Minerve sort de la place pour négocier la vie de la population et de sa ville. Simon de Montfort laissera la vie sauve à la population et même aux 180 parfaits présents à condition qu’ils abjurent leur foi. Les parfaits refusent de se convertir aux dogmes catholiques.   Tous, à l’exception  de trois femmes seront brûlés,  plutôt que de renier leur foi. C’est le premier bûcher d’une longue série. Sa position est matérialisée par une stèle incérant le vol d'une colombe près de l'église actuelle. Les parfaits, avant de mourir  marchèrent en procession à travers la ville  avant de ce jeter eux-mêmes, du haut de la falaise dans les flammes du bucher qui était dressé aux confluents des lits asséchés du Bruant et de la Cesse.

     

                       Premier siège de Toulouse en 1211. Ce fut un échec pour Simon de Montfort. La même année voit la chute de Lastour.

     

                      En 1216, le pape Innocent III (qui n’ira pas au paradis, mais au bûcher de l’enfer), meurt. Il est remplacé par Honorius II.

     

                      Seigneuries par seigneuries, les propriétés changent de mains et tombent dans une nouvelle noblesse. Raymond VI est affaibli malgré le soutien de Philippe Auguste. Il décide d’aller voir le pape à Rome pour défendre sa foi contestée par l’Eglise et récupérer ses biens qu’il avait perdus lors du 4ème concile de Latran. Voyant ce voyage aller à l’encontre de ses ambitions, Simon de Montfort attaque la ville de Toulouse et décide de faire son  2ème siège qui durera 10 mois. L’élément déclencheur de l’attaque était qu’un bruit courrait qu’une nouvelle armée venant d’Espagne arrivait – rappelez vous de l’alliance avec Pierre II, comte de Barcelone. Brisant les portes, le pillage commença. Sans ménagement, les nobles furent enchainés et emprisonnés. Après quoi, Simon de Montfort fit détruire les fortifications et fit interner le comte Raymond VI qui mourut en 1222 dans sa propre prison.

     

                      Mais comment mourut ce ‘’ chevalier du Christ’’ ou ce ‘’criminel de guerre’’ ? Ce parisien Simon de Montfort à la fin du siège du château Narbonnais à Toulouse, en voulant secourir son frère Guy qui avait reçu une flèche, en se baissant, reçu à son tour un boulet de catapulte  manipulée par des femmes qui lui fracassa la tête. Il mourût le 25 juin 1218 sans  recevoir les saints sacrements. Lui qui avait tant fait pour la paix de la foi. Les Croisés emmenèrent le corps de Simon de Montfort pour l’enterrer dans l’église Saint Nazaire à Toulouse. Peu de restes car avec la chaleur, on avait fait bouillir le corps pour n’en conserver que les os. Il finit donc en pot-au-feu.

     

                       Le 25 juillet 1218, après 10 mois de siège, la cité fut débarrassée des fortifications construites par les Croisés. Ils mirent le feu au château Narbonnais. La ville fut libérée. Une explosion de joie secoua Toulouse qui célébra en toute tranquillité sa liberté retrouvée.

     

                        Raymond VI, qui depuis longtemps avait remis sa couronne de comte à son fils Raymond VII, meurt en 1222. Etant excommunié, sa dépouille ne sera pas enterrée en terre bénie. Son crâne sera conservé par les ‘’hospitaliers de St Jean’’.

     

                     Cette croisade contre les Albigeois dura près de 30 ans. Ce n’est qu’en 1223 que l’on commence à parler de paix. Des deux côtés elle aura laissé des traces. Elle se termina par le traité de Corbeil en 1258. Ce n’est qu’en 1271, à la mort d’Alphonse de Poitiers que le comté de Toulouse  sera rattaché au domaine royal de Philippe le Hardi le dernier des Capétiens. Le dernier des "parfaits cathares" Guilhem Balibaste fut brûlé dans le Château épiscopal de Villerouge Termenès situé à quelques kilomètres de Carcassonne.

     

                     Et pour terminer une question qui se pose ‘’Le trésor des Cathares, existe-t-il ? ‘’ C’est le début d’une autre histoire.

     

     

     
     


                      Un grand respect à Jean Luc SEVERAC sculpteur à Minerve d'avoir si bien traduit le subtil message de paix au travers de la stèle " Als Catars, la

                                    

                  

     
     

     

     

     

     

     colombe de lumière" située sur la placette de l'église du village.l

     

     

                        Lors du huitième centenaire de l'évènement, les Caritas 2009 de Béziers qui se sont déroulées les 22et 23 mai ont eu sur fond majeur le drame de 1209.

                       

     

                      Bonne lecture, soyez présents au prochain épisode.

     

    Cathare vient du grec Kataros = pur. Les Cathares sont aussi appelés Bonshommes mais aussi les Parfaits.

     

     

     

    JC d’Oc 04/2013

     


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :