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                   Alors !  Raconte !  N° 29 

     

     

     

                                             L’éphèbe  d’Agde.

     

     

     

            En fin d’été, le 13 septembre 1964, un matin, la ville d’Agde dormait encore.

     

    Au quai de pêche, trois passionnés embarquent sur un modeste canot ‘’La Rascasse’’ sur l’Hérault. Ce sont des aventuriers passionnés de fouilles sous-marines. Ils mettent à jour un trésor. Ils sont membres de la GRASPA, une association de recherches sous-marines.

     

            C’est dans les fonds subaquatiques où se trouvent un tas d’objets ensevelis sous la vase. On dit bien ‘’riche comme la mer !’’ Et la mer est le plus grand musée du monde.

     

          

     

            L’Hérault, ce fleuve  prend sa source dans les Cévennes à 1300 m d’altitude au Mont Aigoual et se jette à la Tamarissière.  Agde est une ville fondée par les Grecs, chantée par Pline et cartographiée par Strabon. Là, tout est plat, pas de barrage, loin de l’intérieur des terres. Au 7ème siècle avant JC, l’estuaire du fleuve se prolongeait jusqu’à Pézenas et les embarcations remontaient sur 20km.

     

            Dans le lit du fleuve, le limon recouvre des vestiges magnifiques. Dès que l’on cherche dans la vase, le travail devient harassant, mais les compères sont devenus des spécialistes. Un chef meneur d’hommes à la faconde facile s’appelle : Denis Fontquerne. En 1964, il a 45ans, à la force de l’âge, petit fils de viticulteur et de pêcheur,    au Grau d’Agde, les pieds toujours dans cet endroit où le fleuve  rencontre la mer. Tout jeune, il jouait, face à la Cathédrale, là où les gosses se jetaient dans l’eau pour jouer au ‘’jeu de la pierre’’. On jette une pierre dans l’eau, il faut aller la chercher !

     

            Donc, il plonge et à tâtons, il découvre une amphore de terre cuite dans la gangue de boue. Il la remonte et la nettoie pour lui donner une deuxième vie. La passion de l’archéologie ne le quittera plus jamais. En autodidacte, il étudie les civilisations anciennes.  ‘’ J’avance sans soutien, sans diplôme et sans bagage.’’, dira – t il !  Le O2 avril 1960 il dépose en préfecture les statuts de son association  ‘’GRASPA’’. Il ne reçoit aucune aide des pouvoirs publics qui ne croyaient pas en l’avenir de l’archéologie.

     

            Le 13 septembre 1964, il se dirige vers un site précis déjà fouillé à 100 m de la cathédrale construite en pierres basaltiques. Dans la vase, une équipe de trois plongeurs s’active dans les recherches. Surexcités, ils remontent et racontent : ‘’un objet d’ 1m50, en bronze  est là, sous la vase’’. A 6m, après dissipation du nuage de vase, ils  sentent la forme de l’objet puis, un doux visage d’un ange apparaît. Une belle tête bouclée avec un corps d’Adonis. Une corde est glissée sous les aisselles  et la statue remonte. C’est la nouvelle naissance de l’Ephèbe. Dans l’Antiquité grecque, c’est le nom d’un jeune homme qui n’a pas atteint la puberté.

     

     

     

             La nouvelle se répand vite dans la ville.  ‘’ Ils ont attrapé un Apollon ! ‘’ Rien vu de plus beau ! Tous les  passionnés d’histoire veulent lui donner un nom. On cherche !

     

              La statue à tête d’ange rejoint la salle des trésors à Agde.  (Trésors de l’Hérault et de la mer)    Marseille est avisée de la découverte. Après avoir fait un court séjour à Marseille, elle remonte à Nancy  pour une restauration dans une institution d’art, puis elle atterrit au Palais du Louvre à Paris.

     

               Mais il manque une jambe ?  Les recherches vont de plus belles. Qui va la retrouver ?

     

               Ce n’est que 6 mois après, que Raphaël Mola la retrouvera à 600m de l’endroit où la statue a été mise à jour.

     

               La polémique enfle ! Vue la valeur inestimable, la statue peut être mise à l’écart des trouveurs. Il y a  la convoitise des Parisiens. Jamais les Parisiens n’ont  autant été détestés par les Agathois.

     

               Le 16 mai 1966, Denis Fontquerne écrit à Malraux, ministre de la culture sous Ch.de Gaulle et demande le retour de l’Ephèbe ainsi que la construction d’un musée à Agde. Une pétition est signée par 2O.000  personnes. Mobilisation massive. Un timbre est édité.

     

               Après 20 ans d’absence, l’Ephèbe revient à Agde  et,  François Léotard alors ministre de la culture décide de faire construire un musée.

     

                Le 21 mai 1987, l’Ephèbe est en bonne place dans le musée. Après sa restauration, il apparaît dans sa nudité héroïque, visage juvénile, chevelure mi-longue, une chlamyde, ce vêtement agrafé sur l’épaule droite couvrant son corps d’enfant. C’est ce manteau qui orientera les recherches pour déterminer sa ressemblance avec un personnage. En effet, seuls les rois de Macédoine, les cavaliers et les éphèbes portaient cette parure. De plus sa chevelure étoilée était auréolée d’une couronne.

     

                Mais à qui ressemble-t-il ?  A Alexandre le Grand à l’âge de 20ans, semble-t-il ?

     

                En juin 2001, d’autres statues remonteront du large du Cap d’Agde dont un ‘’ Eros’’ en argent (1er siècle av JC). Tunique courte avec sandales et deux Cupidon en châle romain.

     

                 Dans le département antiquités du musée, on peut admirer des amphores romaines, des vases, des mosaïques gréco-romaines et autres contenants.

     

                 Dans le département des bronzes, c’est là où se trouvent l’Ephèbe, Eros et Cupidon.

     

                  Dans le département moderne des céramiques du 12ème siècle et des armements de bateaux.

     

     

     

                  Si vous passez à Agde  allez visiter le Musée agathois de l’éphèbe.

     


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                         Alors !  Raconte !  N° 30

     

     

     

     

     

            Il arrive toujours une fin heureuse ou malheureuse aux histoires.

     

    Ce récit est le dernier d’une série de 30 et, comme le premier  était consacré à la révolte des curés de Lunas, ce dernier constitue un mystère  dont un curé de  Rennes le Château en a été le témoin. Ce mystère ne peut que nous interpeller.

     

     

     

                              L’abbé  Béranger Saunières de Rennes le Château.

     

     

     

     

     

             L’origine de Rennes le Château remonte au 2ème siècle après JC. A cette époque, un peuple de Celtes vivait dans la région tout près de Carcassonne. On a trouvé d’ailleurs une pierre aux visages et mains sculptés actuellement au Musée de Rennes le Château. On y retrouve en abondance des vestiges préhistoriques. Du temps des Celtes, ce village devint une capitale puis les Romains en firent une grande cité.  Ils l’appelèrent ‘’Rédaé’’.  Cette ville était aussi importante que Narbonne et Carcassonne.

     

              Puis, les wisigoths en firent une ville de 30.000 habitants d’une superficie trois fois plus grande que le village actuel.  Ils construirent des remparts multiples – 7 lices.  Rédaé était protégée par des forteresses appelées ‘’castellas’’ (Couiza, Blanquefort, Arc, du Bézu).

     

              Sa situation géographique est exceptionnelle. La ville domine et commande toutes les vallées : celles de la Salle, de l’Aude, celle se dirigeant vers Narbonne et celle allant vers l’Espagne. Une voie romaine empruntait une de ces vallées.

     

               Rennes le Château connut de nombreuses péripéties – décadence  pendant les luttes albigeoises – détruite – reconstruite sous St Louis – revendue au roi de Castille qui n’en devint jamais le propriétaire – redétruite – et la ville devint un petit village comme actuellement.

     

     

     

               Rennes le Château serait tombée dans l’oubli si un curé originaire d’un village voisin  ne vint prendre la cure le 1er juin 1885.  L’abbé Bérangère Saunières mena durant 7 ans une vie austère dans ce village. Il avait été ordonné prêtre en 1879. Dès son arrivée, il fut choqué par l’état de délabrement de son église Sainte Marie Madeleine. Le village n’avait que 100 âmes  et était desservi par un chemin muletier. La toiture de l’église était crevée, le presbytère était dans un état déplorable. Il ne pouvait y vivre et demanda asile chez une habitante du village.

     

                 En 1886, grâce à des dons de la Comtesse de Chambon  et de Cavaillé de Couzan, les premiers travaux de restauration purent démarrer. Les ouvriers commencèrent par démonter l’autel ancien qui était enclavé dans un mur. Le 27 juillet 1887, ils mirent à jour dans un pilier trois fioles contenant de vieux parchemins ainsi que des reliques de Marie Madeleine. L’abbé alerté de la trouvaille s’en empara et fit arrêter aussitôt les travaux.

     

                 Quelque chose attirait son attention.

     

                 L’évêché averti à son tour demanda que les reliques et les parchemins lui soient rendus. L’abbé obéit, mais fit copie des parchemins.

     

                 Il partit  à Paris, le voyage payé par l’évêché de Carcassonne voir un érudit, l’abbé Weill, à l’église St Sulpice pour connaître la signification des documents en latin car il y avait beaucoup de sens cachés sur les parchemins. Après traduction, l’érudit fit jurer au prêtre devant Dieu de ne rien dire sur leurs significations. Un parchemin mettait en cause les évangiles. Le Christ aurait épousé Marie Madeleine et aurait eu des enfants. S’il parlait, l’édifice religieux vacillerait. (Lire Da Vinci Code). Ce ne sont que des hypothèses.

     

                  De retour, les  travaux reprennent. L' abbé Saunières devint l'abbé Tonnière.  Le dallage du cœur de l’église est enlevé et apparaît une grosse pierre très lourde et de grande dimension. Sous cette pierre est découverte une dalle sur laquelle sont sculptés deux chevaliers sur leurs montures. Sous la dalle, un escalier descend dans une crypte contenant 4 sépultures. A leur pied, est posé un coffret rempli de pièces d’or. Les ouvriers n’en croient pas leurs yeux. L’abbé leur dit ‘’ ce ne sont que des médailles de Lourdes’’ pour ne pas susciter leur convoitise.

     

                   Pendant plusieurs semaines, l’abbé creuse. Non seulement les travaux affectent le maître d’autel mais aussi l’église entière. Puis l’abbé s’attaque au cimetière. Il démolit la tombe de la Comtesse d’Hautpoul  dont il rase lui-même l’épitaphe. Le Conseil municipal lui interdit de continuer. La tombe devait avoir des indications gravées que lui seul à présent connaissait.

     

                    Toutes les semaines, il voyage soit à Paris, soit en Suisse, soit en Belgique.  C’est à ce moment là que commencent les grands travaux qui vont lui coûter un million de francs 19OO (environ 15 millions d’euros). Il restaure l’église et fait placer un bénitier en forme de diable. Goûts  éclectiques  antireligieux. Il fait construire un mur autour du jardin devant l’église. Il restaure le presbytère. En 1897, il fait construire la maison de la Tour Magdala. Il meuble la maison. Il mène un train de vie royal. Ses réceptions sont fastueuses. Même des dignitaires  y sont ses invités. Il loue son presbytère pendant 99 ans pendant qu’il vit avec sa  servante dans sa villa. Il paye tout sur le champ.

     

                      Ce luxe fastueux fait grincer les dents à l’évêque qui en avertit Rome.

     

    Il est accusé de trafic de messes car de nombreuses congrégations  lui envoyaient de l’argent pour des messes qu’il ne disait pas. Leur nombre aurait dépassé 5000.- .prix d’une messe 0,50F.

     

                       Il est interdit de messes et un autre curé le remplace. Tous les paroissiens du village vont faire leur dévotion dans la petite chapelle que l’abbé  Saunières avait fait construire et dans laquelle il continue de célébrer son office religieux, boudant ainsi l’église du nouveau curé.

     

                       L’abbé décide alors de faire construire une route allant de Couiza à Rennes le Château, une chapelle dans le cimetière, un jardin d’hiver, un rempart autour du village pour un prix de….. huit millions de francs 1900. Il passe commande et 17 jours après avoir signé, le 22janvier 1917, il prend froid et une crise cardiaque  ne lui pardonne pas. L’abbé Rivière  est appelé à son chevet et refuse de lui donner l’extrême onction. Il ne reste pas de trace dans les archives de sa confession. Il est mort le jour même sans dévoiler quoi que ce soit de son trésor.

     

                         Sa famille se préoccupa alors de son héritage, mais stupeur, l’abbé Saunières avait tout acheté au nom de sa servante Marie Denarneau. Celle-ci défendit ses biens et les héritiers s’en allèrent tout penauds. Après la mort de l’abbé, la servante devint un exemple d’austérité. Elle se retira dans sa villa et n’en sortit plus. En 1917, elle mit en viager ses biens  avec Mme Corbu qui transforma l’ancienne résidence en un hôtel.

     

                          Le curé a sûrement trouvé un trésor mais une grande partie reste  encore à découvrir.

     

                          La légende du trésor de l’abbé Saunières commence le jour de sa mort. Ce trésor existe-t-il ?  Où est-il ?

     

     

     

                    Plusieurs hypothèses :

     

                           Pendant que St Louis faisait sa première croisade, sa mère Blanche de Castille, régente du royaume jugea peu sûr Paris et fit transférer le trésor royal à Rennes le Château qui lui appartenait. Avec cet argent, elle mâta la Révolte des Pastoureaux (Les bergers avec des croix montèrent vers la capitale)

     

    De retour, Louis IX fit huit autres croisades et mourut à Tunis de la peste le 25 août 1270. Son fils  devait connaître l’emplacement du trésor et fit fortifier le château de Rennes. Après lui, le trésor de France ne fut pas trouvé et disparut dans l’oubli.

     

     

     

                             En 1645, un berger nommé Ignace Paris en gardant ses moutons tombe dans un trou et ramène dans son béret plein de pièces d’or. C’est la caverne d’Ali Baba !! Une salle pleine d’or ! Il l’a vue. Il devient fou pour défendre ses pièces qu’il a rapportées.  Selon les dires, le trésor serait estimé à 2 millions de pièces d’or d’un poids de 20 tonnes. Soit 5 milliards de francs 1960 et même plus.

     

     

     

                             L’abbé a bien trouvé un trésor à base d’or, mais aussi les parchemins  décrits dans le ’’ Da Vinci Code’’  Le Vatican aurait payé l’abbé Saunières pour taire la vérité sur Jésus et Marie Madeleine. Mais le décryptage des manuscrits étant très difficile il est peu probable qu’il y ait un lien avec le trésor.   Faits troublants mais non justifiés.

     

     

     

                             Quant aux messes non dites, mais payées, le  compte est infime.

     

     

     

                             Nombreux chercheurs ont fait chou blanc. Les pioches et les pelles sont rangées. Même un américain est venu avec son détecteur à ultrasons fouiller le site.  Rien !  Rien ! Rien !

     

     

     

                              Depuis le 28 juillet 1965, le maire a pris les dispositions pour interdire les fouilles. Inutile de se déplacer ! Ne rêvez pas !

     

     

     

     

     

     JC d’Oc.

     


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     Alors ! Raconte N° 31 

     

     

     

     

     

     

     

                         Les maisons closes de Béziers  au 19ème siècle.

     

        

     

           Ce sujet peut paraître hard aux yeux des femmes, mais il mérite  tout de même d’être traité avec tout le respect que je lui porte.

     

     

     

           Ces maisons plaisent beaucoup dans les années 1800, mais à Béziers, c’est en 1850 qu’elles connurent leurs heures de gloire dans le centre de la ville.  Elles étaient appelées intimement ‘’ maisons  closes ou maisons à courants d’air’’.

     

     

     

           Ce siècle là connut l’âge d’or de la vigne et du terroir grâce à la consommation grandissante du vin par personne et par an. Les vins fins font leur apparition sur les bonnes tables, les bars et les modestes ‘’assommoirs’’ de Zola. On boit beaucoup dans les bals, les mariages et dans les bistrots le gros rouge coule à flots. Le bidasse et l’ouvrier ont dans leur’’ saquette’’ (musette) leur ration journalière de 3 litres. On donne au vin de nombreuses vertus bienfaisantes.

     

            ‘’ L’eau contient des microbes, le vin, c’est du soleil ! ‘’

     

            ‘’ La vie dure 58 ans pour un buveur d’eau – 68 ans pour un buveur de vin ! ‘’

     

            ‘’ Dans le Midi, il y a moins de tuberculose qu’ailleurs !’’

     

            ‘’ Le vin est la plus saine et hygiénique des boissons – Pasteur ‘’

     

            ‘’ Le vin, c’est le lait des vieillards’’.

     

            Ainsi à qui mieux mieux vont les slogans à la gloire du vin.

     

     

     

            Les maisons à vin se multiplient autour des Allées Paul Riquet. On recherche la jouissance car la région devient de plus en plus riche. Tous les menus dans les restos affichent vin compris. Le Biterrois produit de plus en plus et exporte sa production. Cet attrait financier du commerce attire les plaisirs. Les après midi sont paillardes et coquines. Les nuits sont chaudes et libertines. Les maisons closes s’installent dans le centre ville et sa périphérie dans des résidences privées. L’argent circule. C’est une époque d’abondance. Les maisons closes sont des lieux de rencontre non seulement avec des femmes mais aussi entre bourgeois, parvenus, riches et gens de la haute.

     

             Béziers devient la capitale mondiale du vin, avant Narbonne. Bonne guéguerre !!

     

             Béziers s’agrandit :

     

                 1827 – Partant du Moulin de Bagnols à la Plantade, le haut de la ville est alimenté en eau.

     

                 1838 – David d’Angers réalise la statue de Pierre Paul Riquet. La même année, le Casino est construit avenue Saint Saëns. Il  sera remplacé par le Palais des Congrès. Sur l’emplacement du Casino se tenait autrefois la Maison du Peuple.

     

                 1854 – Construction du pont canal et du pont SNCF qui enjambent l’Orb. Le wagon foudre supplantera la péniche citerne.

     

                 1859 – La tauromachie arrive à Béziers dans ses arènes en bois montées à l’emplacement du Champ de Mars.

     

                 1867 – Aménagement du Plateau des Poètes par Bülher. On peut y admirer la statue de mon ancêtre M….. Ermengaud déjà poète et auteur du Bréviaire d’Amour 1288.

     

                 1880 – Construction du lycée Henri IV.

     

                 1889 - Constructions de la Caisse d’Epargne, des Halles (1889-1891) style Baltard.  -    de la ligne SNCF Béziers- Clermont Ferrand.

     

                 Les belles demeures se construisent dans les grandes propriétés de la Région. Les fameux ‘’ Châteaux pinards’’ représentent l’effet de l’expansion.               Malheureusement pour les pays de l’Europe de l’Est touchés par la maladie du phylloxera, Béziers bénéficiera durant plus de 15 ans du marché total du vin mondial. En effet, cette pandémie introduite en Europe en 1865 ne sera jugulée qu’en 1878, d’abord en inondant les vignes du littoral puis par la technique du greffage sur plans américains insensibles à la maladie.

     

                 De 1851 à 1881, Béziers passera de 20.000 à 43.000 habitants.   Et à 53.000 en 1900.

     

                 De 1878 à  19OO, curieusement, 8 maires vont se succéder. Il est vrai qu’à cette époque, c’est le gouvernement qui les nommait.

     

     

     

                 Dans la Rue Victor Hugo, légendairement connue pour ses lupanars, le théâtre des Variétés recevra Mistinguett et Charles Trenet. Dans les cafés du centre ville (Le Continental, le Glacier, La Coupole etc..) se négocient les ventes de vin. Sur la statue de Paul Riquet, les vignerons hisseront une saquette contenant des bouteilles de bon vin. Le vendredi, c’est la foire  sur les Allées. C’est la fête à Béziers surtout lorsque les affaires sont bonnes.  Elles remplissent les bourses et il faut les vider ! Où ça ! Devinez !

     

        

     

                  La prostitution est prospère et est de deux types :

     

     

     

                  La prostitution populaire qui concerne les ouvriers expatriés, les soldats en garnison et les malfrats libérés. Ce sont des clients assidus qui font leurs affaires dans des bouges insalubres et sordides. Les filles se prostituent contre leur gré et sont protégées par un voyou. Les lupanars, les boxons, les hôtels de passes sont peuplés de pauvres filles et de macs.

     

     

     

                    La prostitution de luxe pour un monde meilleur, pour des clients nantis, pour des fonctionnaires de haut niveau, pour des propriétaires terriens, pour des parvenus. Elle se pratique autour des Allées. Les dépenses sont inconsidérées. Béziers est riche et le soir, pendant que les épouses gardent la maison, les maris entretiennent leurs maîtresses occasionnelles dans les salons des appartements particuliers. Tout est mis en œuvre pour le luxe et le plaisir (moquette au sol, tableaux aux murs, tentures lourdes et fauteuils confortables).

     

     

     

                    ‘’ Spectacles, Casino et prostituées’’ ; c’est le slogan à la mode.

     

     

     

                      Les chambres sont confortables, décorées de glaces au plafond, alcools à gogo, salles d’eau. Les filles sont belles et généreuses et surtout psychologues. Elles calment les âmes en détresse surtout lorsque le client à perdu gros au Casino ou sur une mévente. Le rapport final, c’est un coup de bourse.       

     

                       Si le client arrivait avec un bouquet de fleurs pour la maquerelle, il était bichonné par les dames. Dans les tourbillons enivrants de l’amour, il ne lésinait pas à la dépense.

     

                       La tenancière, souvent une ancienne prostituée, devait être âgée de plus de 30 ans et autorisée par la sous-préfecture de Béziers à exercer le métier. Il était exigé un numéro de rue au dessus de la porte. Celle-ci était en permanence assortie d’une lanterne rouge visible de loin. Les maisons de tolérance devaient être éclairées escaliers et intérieur compris. Les fenêtres devaient être grillagées. Les établissements devaient être situés loin d’une école, d’un culte et d’un édifice administratif. La tenancière régnait en maîtresse sur la sous-tenancière, ainsi elle se passait du service d’un mac.

     

                        Les filles devaient passer une visite médicale trois  fois par mois pour prévenir les maladies vénériennes, syphilis et autres. Les pensionnaires étaient inscrites sur un registre de police.

     

     

     

                        La fille restait en prostitution et devait restituer l’argent récolté à la maquerelle. Elle restait cloitrée. Les sorties étaient rares. La communauté était sa seule famille. Le prix de la passe était fonction de la classe de l’établissement.

     

     

     

                        Certaines prostituées de luxe sont devenues parfois des épouses de bourgeois et même des châtelaines. Dans les bordels, l’anonymat des clients était garanti jour et nuit. L’entrée s’effectuait sous le lampion rouge et la sortie par une porte dérobée dans une ruelle secondaire.

     

     

     

                         A Béziers, les bordels fiables étaient appelés ‘’maisons à courant d’air’’ Pourquoi cette appellation faisant référence à Eole ?

     

                          Le client était prévenu de rentrer par une porte et de sortir par une autre. L’habitué était plumé toutes les semaines et il faisait en sorte de ne point rencontrer de connaissances dans l’escalier. Léger comme l’air, puisqu’il avait tout dépensé et penaud, il se dépêchait de sortir par la porte dérobée.

     

                          Les bordels sont devenus des ‘’hôtels particuliers’’. L’ambiance y est toujours chaleureuse. C’est un lieu de rendez vous de riches, où l’on discute, où l’on joue aux cartes.

     

                          Guy de Maupassant en parle dans ‘’Une aventure parisienne’’.

     

     

     

                          Certains clients géraient la fortune de leurs épouses et dépensaient allègrement l’argent du couple. Ils redoutaient d’être reconnus et dénoncés car c’était le divorce garanti. Tous les nantis s’habillaient de la même façon pour passer inaperçu.

     

                          A 5 heures du matin, l’heure du repos des filles avait sonné. La maquerelle donnait l’ordre ‘’ fermez la porte svp – non – fermez la porte bordel !

     

    C’est de là que viendra l’expression populaire.

     

                       

     

                          Un demi- siècle plus tard, Marthe Richard  dont le vrai nom était Natacha Henry fera fermer les maisons closes le 9 avril 1946. Elle fut une femme difficile  à la vie très agitée. Prostituée à Nancy, elle épouse en 1904 un riche industriel millionnaire et se consacre à la vie sociale. Son mari lui demande de devenir espionne pendant l’occupation allemande. Par son passé de militante féministe et son expérience de petite vertu, elle est arrivée à influencer le gouvernement pour faire fermer les maisons closes en France.

     

     

     

                          Il faut signaler que pendant la Coupe du Monde de foot, la prostitution en Allemagne a été autorisée.

     

                          Aujourd’hui, l’esclavage de la prostitution existe sur le bord des routes par toutes intempéries et par tout les temps.

     

                          Ces femmes ne méritent pas de vivre dans de telles conditions.

     

     

     

    Leurs situations en Europe :

     

    -      En Autriche, c’est encore un métier et elles payent des impôts.

     

    -      En Grèce, pas de racolage mais les maisons existent et sont conseillées.

     

    -      En Hongrie c’est l’interdiction mais les salons de massages existent.

     

    -      Budapest, c’est le Bangkok de l’Europe.

     

    -      Aux Pays Bas, c’est légal et taxé.

     

    -      En Belgique, rien n’est règlementé. Tout est fait.

     

    -      En Espagne, c’est autorisé. Seule la Catalogne se démarque.

     

    -      En Finlande les maisons sont interdites, mais la prostitution est autorisée en appartements clos.

     

    -      En Italie. En 2003, le gouvernement a fait ouvrir les m.c.

     

    -      Au Portugal, c’est interdit mais les brésiliennes exercent à Lisbonne dans la rue.

     

    -      En Suède, c’est autorisé au domicile.

     

    -      En France ?????

     

    -      Au Vatican, n’en parlons pas ‘’ surtout pas d’enfer dans les salons du diable’’

     

     

     

    Attention à la contrefaçon avec les travestis. Les ‘’ Titi la ficelle’’ et les autres vaches folles qui broutent le long des routes.

     

     

     

    Pour finir, notre cher G.Brassens a chanté leurs louanges.

     

     

     

                    ‘’ Ce n’est pas tous les jours qu’elles rigolent,

     

                      Faire les 100 pas le long des rues,

     

                      C’est fatigant pour les guiboles’’.

     

     

     

    JC d’Oc.

     


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    Alors ! Raconte ! N° 32

     

     

     

                                         La fontaine de Nize

     

     

     

                     C’est une curieuse source qui coule de la montagne près du Bousquet d’Orb, à trois kilomètres de Lunas. C’est du mystique à  l’état pur. Pour y accéder, il faut emprunter la route départementale 35E jusqu’à son terminus. On ne peut pas se tromper car cet endroit est décoré par tous les mouchoirs de la terre.

     

                     Tout près, une très ancienne chapelle du XIIème siècle (1140) sur un vieux site sacré. Ce n’est pas une légende mais un fait réel. Les gens aiment la sérénité de ce lieu. Tout est calme et reposant. Tous les ans, les 18 août et 8  septembre, un pèlerinage s’y déroule. On chante des cantiques sur le chemin qui y conduit mais tout se termine dans l’église de Lunas. 

     

                     Des histoires diverses courent dans la région de ce haut canton au sujet des vertus curatives de l’eau  qui coule de cette source. Il parait que les cafetiers de la région viennent s’approvisionner à la résurgence. Ils remplissent des bobonnes d’eau pour la mettre dans le pastis et il semblerait que l’eau ne fait de mal à personne. La suite prouvera cette affirmation.

     

                      Lunas est une étape située sur la Via Tolosane secondaire où passent encore les jacquets qui motivés par une grande foi s’acheminent vers Saint Jacques de Compostelle. Ce chemin vient d’Arles, passe par la variante des Piémonts avant de continuer vers Narbonne et Toulouse. Il franchit le col de Roncevaux et continue jusqu’à Puenta la Reina où il retrouve les autres  ‘’caminos de Santiago’’. Faire ce chemin est surtout une aventure, une remise en cause de sa spiritualité, une épreuve au long cours. On oublie le superflu et seules les prières et l'entraide des autres occupent le temps.

     

                       Aymerie Picard dira au 12ième siècle  ‘’ Ce beau chemin semé d’épines et d’étoiles’’.  En effet, il ne doit pas faire bon marcher sous le soleil ardent  dans les ronces et en suivant la nuit la ‘’Voie lactée’’, la calebasse vide. Il fallait de l’eau pour boire et par bonheur, la source fraiche de Nize était là pour rafraichir les pèlerins. Sur le chemin de retour, les jacquets repassaient à Lunas cette fois avec la ‘’concha’’, la fameuse coquille Saint Jacques qu’ils avaient ramassée sur la plage de Galice. Ils la portaient fièrement en bandoulière à la ceinture.  Ils rapportaient aussi la ‘’crédensial’’, ce fameux certificat validé à chaque halte dans les auberges et les églises, ce carnet du pèlerin qui permettait au Moyen Age de laisser passer sans encombre les jacquets. Ils gardaient mille souvenirs dans leur tête. Ils revoyaient le ‘’butafumeiro’’ cet encensoir remarquable que les thuriféraires balançaient dans la cathédrale de Saint Jacques. Ils avaient embrassé l’arbre de Jésé, cette colonne usée par le toucher des pèlerins dans l’Obradoiro.

     

     

     

                       Revenons à notre source de Nize.

     

     

     

                       En 1805, Isidore, un pèlerin provençal, aveugle, fait le vœu de recouvrir la vue en faisant le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle. Pour l’aider, deux amis l’accompagnent sur le Chemin du retour. Il avait beaucoup prié mais les volontés divines n’avaient pas exaucé son vœu. Il venait de faire 50 km pour arriver à Lunas. Découragé, harassé, recouvert de poussière, les talons en sang Isidore et ses amis arrivent à la fontaine de Nize. Il se débarbouille à la source, se verse un seau d’eau sur la tête, sur tout le corps. Il pose un linge mouillé quelques minutes sur ses paupières. Il s’endort profondément. A son réveil, il voit une lueur, puis deux, puis trois, puis l’herbe verte du pré. Il reconnaît ses amis qu’il n’avait vus depuis dix ans. Il revoit tout ce qui est autour de lui. Cette guérison miraculeuse court partout. Les pèlerins crient au miracle. L’église s’en mêle. La source est bénie et le lieu est labellisé comme étant miraculeux. Les pèlerins affluèrent. Même aujourd’hui, elle guérit toutes les maladies oculaires (conjonctivite – orgelets – herpès). Une chapelle est construite et des dizaines d’exvotos en guise de remerciements ornent les murs. Le suppliant, après s’être lavé les yeux doit laisser le linge avec lequel il s’est lavé pendre aux branches des arbres, si bien qu’une multitude de mouchoirs flottent au vent au dessus de la source. Bien sûr, il n’y a pas autant de paires de lunettes accrochées en ce lieu que de béquilles dans la grotte de Lourdes.

     

     

     

                         Conséquences – les alentours sont devenus la ‘’ vallée de la foi ‘’ Dans toute la vallée résonnent le son des cloches, au Prieuré de St Michel de Grandmont, à l’abbaye bénédictine de Jonsels, à la Tombe de Laza del Vento. Au monastère orthodoxe et au Temple bouddhiste tibétain de Roqueredonde,  l’office religieux est accompagné par les buks, les gongs et les moulins à prières.

     

     

     

                          La sainte patronne des yeux est Sainte Lucie. Cette vierge, née à Syracuse a était dénoncée par son fiancé pour avoir souillé les écrits de César. Elle a eu les yeux arrachés. Par miracle, les yeux réapparurent à leur place. Les amis du consul ont enfoncé une épée dans la gorge de Lucie qui a survécu.

     

     

     

                           Il existe un coquillage qui s’appelle ‘’ l’œil de Lucie’’ qui protège les yeux mais aussi attire la richesse.

     

     

     

                           La fontaine de la Nize est à visiter. Elle mérite votre vue.

     

     

     

    Voici l’opinion d’un éminent ophtalmo.

     

                           Sur ce sujet là, le scientifique est prudent mais on ne sait pas tout expliquer. Il faut fouiller, analyser. Par exemple, avec l’eau d’Avènes, on n’explique pas, pourtant son efficacité est démontrée. Restons l’esprit et les yeux ouverts et gardons en mémoire les quatre principes de René Descartes

     

                                      ‘’ Doute, analyse, synthèse et vérification du résultat’’

     

     

     

    Lazare ! Lèves toi et marches ! La foi accomplit parfois des miracles.

     

     

     

    JC d’Oc

     


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    Une image marquante – Notre Conseil de Révision  Année 1960

                                                 A poil ! vous dis je !

     

       Alors ! Raconte ! N° 33 

     

     

     

                    Une image marquante – Notre Conseil de Révision  Année 196O.

     

     

     

          ‘’ Avis à la population ! Les jeunes hommes âgés  de 19 ans dans l’année sont priés de se faire recenser à la mairie ‘’ ainsi aboyait le garde champêtre qui faisait les fonctions de crieur public, de fossoyeur et toutes les semaines de remonteur de plombs de l’horloge du village.

     

                           Bien sûr, nous savions de quoi il s’agissait ! Nous devions comme tant d’autres, passer notre conseil de révision en vue d’une incorporation prochaine dans l’armée. Nous fermions la porte de l’adolescence pour ouvrir celle des adultes. Le garde champêtre du village nous apportait une lettre du maire qui nous obligeait à nous présenter à la mairie du canton, date et heure précises en sa compagnie.

     

                           Une semaine avant cet évènement, nous avons bénéficié de l’indulgence des gens du village. Nous ‘’foutions le bordel’’ dans les rues à grand renfort de clairon et de tambour jusqu’à une heure tardive de la nuit. Pour prouver notre honneur de futurs soldats, nous glorifions les ainés en empruntant les vases de fleurs de toutes les maisons et les apportions devant le monument aux morts du village. Cette tournée était de plus bien arrosée de Carthagène et de muscat que nous offraient les généreux donateurs que nous prenions soin de ne pas trop ennuyer. La nuit se terminait, pour les conscrits qui tenaient encore debout par la sonnerie aux morts claironnée devant la mairie.

     

                     Le lendemain matin, c’était le bal des brouettes. Le bal des gens bien qui venaient récupérer leurs chers vases de géraniums.

     

                     Ce tintamarre nocturne durait une semaine. Les gens rentraient leurs fleurs et  il fallait trouver d’autres sources d’imagination pour s’amuser. On s’attaquait à tout ce qui trainait dans la rue, charrettes, bancs, pierres et autres. Les filles de ‘’la classe’’ avaient droit à une aubade claironnée et à quelques fleurs déposées gentiment devant leur porte.

     

     

     

                     Le jour venu, bien rasés, en habits du dimanche, nous nous présentions devant la porte de la mairie du canton pour cette sélection d’hommes.

     

                     Et là, plus de rigolade, tous à poil dans la salle annexe du conseil municipal. En rang d’oignons, tous alignés, nous découvrions que tous les hommes se ressemblent physiquement. Première leçon d’anatomie. Un par un, nous étions poussés dans la salle du médecin major entouré de tous les maires et mairesses du canton très admiratives devant nos corps d’adonis et nos procréateurs en berne. Les tests de la vue, de l’ouïe et des pieds précédaient le sous pesage des testicules. La France avait besoin de soldats et très peu étaient réformés. C’était la guerre d’Algérie depuis cinq ans. Le médecin major, le plus galonné ne savait que dire une chose ‘’ Bon pour le service ! Au suivant ! ‘’ Comment ne pas faire une armée d’impuissants ?

     

     

     

                       A la sortie, notre maire a agrafé sur notre veste la cocarde tricolore de la République, signe des taureaux camarguais qui partent au combat. Ne pensez pas que ce soit un combat meurtrier. Un combat avec ses convictions et sa morale. Le soir même, c’était la tradition, il  fallait affronter les belles de la Rue Victor Hugo de la sous préfecture. C’était du corps à corps, enfin du corps contre corps.

     

                        Vidés, lassés par cette journée mémorable, nous attendions la billette pour aller faire ‘’ le régiment’’. Vingt huit mois dans un bled pourri au sud de Sidi Bel Abbès ne nous ont pas fait oublier ces moments mémorables. De plus de ce régiment, les hommes en parlent autant que les femmes parlent de leur accouchement.

     

                       Ainsi va le monde, de travers quelquefois mais toujours dans la bonne direction puisque nous sommes encore là pour l’écrire et le lire.

     

                        Que reste-t-il de tout cela ?

     

     

     

                        Une bonne partie de rigolade et les bons souvenirs de nos vingt ans  n’est-ce pas !

     

                                                                                                                JC d’Oc.

     

     

     


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