• Les secrets des étangs de la Maïre et de la Riviérette de Portiragnes.

     

     


    Alors! Raconte! N°123 

     

              Les secrets des étangs de la Maïre et de la Rivièrette de Portiragnes.

     

          C'est à la suite d'une grave inondation au XIIème siècle que l'Orb a changé de trajectoire pour s'acheminer plus à l'ouest, vers Valras. Un chemin d'eau traversait la sansouire de Portiragnes et rejoignait la mer par un grau qui de nos jours n'est plus actif du fait de son ensablement. La sansouire est une zone riche en sel, inondable par la mer une partie de l'année. En saison sèche, c'est le cimetière des crabes et des coques. Elle recule inexorablement vers les terres car le vent et les tempêtes sont les principaux responsables de la mobilité du sable. Les dunes sont repoussées vers l'intérieur des terres lors des tempêtes et l'effet inverse se produit lorsque le vent souffle du continent vers la mer. Le sable est un perpétuel pèlerin dont les chemins évoluent selon le temps qu'il fait. Mais la cause non négligeable  de ces va-et-vient provient des aménagements que l'homme a exercé sur les fleuves et notamment sur le Rhône qui a fait chuter l'apport des sédiments en provenance de l'érosion des Alpes. Ce déficit de matériaux joue sur le recul des plages et des dunes.

     

          La Maïre dont le nom signifie "mauvaises eaux ou malaïgues" est le résultat du disfonctionement de la lagune engendré par un apport trop important d'éléments nutritifs. Les algues appelées aussi "laitues de mer" prolifèrent en surface empêchant la lumière de pénétrer. La chaleur et les rayons du soleil en été finissent par faire pourrir le tapis d'algues. Puis c'est le rôle des bactéries qui dégradent cette matière morte et qui consomment l'oxygène contenu dans l'eau. La lagune alors s'asphyxie lors de la période de malaïgue et les bactéries anaérobies (qui n'ont pas besoin d'oxygène pour vivre) produisent une odeur caractéristique d'œuf pourri: le sulfure d'hydrogène. Le vent et le soleil d'automne réoxygènera la lagune grâce à la photosynthèse et la vie recommencera. En hiver, les tempêtes ouvrent le grau et viennent saler cet espace où pousse la salicorne (l'herbe au verre). Des nappes d'eau douce appelées  "lentilles d'eau" d'une densité plus faible que l'eau de mer viennent se positionner au dessus de la nappe salée. C'est le domaine où les flamants roses viennent se nourrir de petits crustacés qui contiennent un pigment :la carotène qui leur donne la couleur rose. Les flamants roses ne sont pas, dans ce domaine, là par hasard. Ils sont toujours dans la zone où l'eau de mer se mélange avec l'eau douce. Cette zone favorise la prolifération de microorganismes qui permettent aux crustacés de se développer.

     

          La Riviérette, cette lagune miniature où l'on pêche les jols et les muges récupère les eaux de pluie et régénère les eaux usées grâce à la station de pompage. Les hélices de cette station  rejettent 400 litres d'eau par seconde dans ce petit lagon qui s'est constitué début du 20ème siècle à la suite d'un effondrement encore inexpliqué. Elle communique avec la Maïre par des canaux et elle peut rejoindre la mer par un grau en cas de tempête et d'inondation. Le grau habituellement fermé sur la plage s'ouvre lors des tempêtes d'équinoxes et des fortes pluies. C'est le domaine des joncs pointus qui produisent une quantité de graines que le vent pousse dans l'eau pour le plaisir des canards qui en raffolent. De petits crabes appelés "crabes des lagunes - Xantho poressa" sont peu nombreux et très discrets.

     

          Au dessus de la roselière apparaissent des affûts de chasse qui n'ont pas été positionnés là par hasard. Ils sont placés devant les herbiers de plantes aromatiques dont se nourrissent les canards pendant la nuit et durant la période de septembre à février. La bécassine vit dans les marais. C'est un gibier apprécié mais la rapidité de son vol lui sauve souvent la vie. Près de la manade, on peut apercevoir des hérons " pique bœuf". Ils débarrassent les taureaux ou les vachettes de leurs parasites. Aigrettes, cormorans, butors étoilés dont l'espèce se raréfie, cohabitent parmi les ragondins et les lapins.

     

          Ce site du Conservatoire du Littoral a été classé "Natura 2000 en avril 1979. Cet espace, interface entre le milieu terrestre et le milieu marin doit être protégé ainsi que sa végétation qui joue également un rôle important dans le maintien des dunes. En été, la salicorne, la saladelle, les giroflées des dunes fleurissent et c'est un ravissement général pour les nombreux promeneurs.

     

            " Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir", disait MATISSE.

    JC d'Oc 04/2013.

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :