• Les vendanges de sang.

           

     

     

     

     

     

     

     

    Alors! Raconte! N° 121

                                     Les vendanges de sang.

            Lors d'un voyage en Andalousie organisé par un voyagiste de Béziers, nous avons beaucoup appris sur les transports de travailleurs espagnols qu'il organisait en septembre entre la Région de Barcelone et le pays biterrois. Le père Gilbert, avec son accent méridional, sa verve et le geste nous expliquait que dans les années 1950, pour les espagnols républicains expatriés en France après la Guerre civile, il leur était interdit de retourner dans leur pays sous peine du lynchage par leurs "frères" franquistes. Cette animosité a perduré durant plus de trente ans.

            A la demande faite par plusieurs maires, le père Gilbert avec son bus allait dans les petits villages de la Costa Brava recruter des vendangeurs et des vendangeuses pour palier aux manques de bras dans les grosses propriétés de Maureilhan. Ces vendangeurs arrivaient dans un état de pauvreté extrême avec femmes et enfants, le baluchon sur le dos et, dans la gare de Béziers, il était organisé la répartition de ces travailleurs si bien que les mêmes individus revenant tous les ans reconnaissaient leurs patrons allaient directement vers eux pour se faire embaucher. Ils étaient logés dans une maisonnette avec peu de confort, se nourrissant d'oignons, d'alincades (ces sardines séchées au sel), de tomates et de pommes de terre. Comme ils avaient très soif, le patron leur fournissait le vin.

            Le patron prenait soin de n'embaucher que ce qui lui était nécessaire car il payait le voyage de chacun. Parmi eux, un caviste connaissant parfaitement l'organisation du travail de la cave , une meneuse de colle, femme entrainant les douze coupeuses, des porteurs, hommes aux bras solides pour porter avec des pals sémaillés les comportes et un charretier capable de convoyer les charrettes jusqu'aux cuves et de s'occuper des chevaux.

            Mais mon histoire serait simple si dans ce domaine viticole de Maureilhan que je ne prends pas le soin de nommer, il n'était arrivé pendant l'année 1953 une série de faits qui auraient pu passer inaperçus aux yeux de tous, sans la vigilance du chef de cave. La vendange battait son plein, le beau temps étant de la partie et l'abondance de la récolte obligeait le caviste à faire libérer de la place dans les foudres et les cuves. Pour se faire, après avoir soutiré le jus fermenté d'une cuve dans un ''tinèl'' (cuveau), il fallait récupérer le restant des grappes à l'intérieur. On ouvrait la trappe suifée et on tirait les premières comportes de ''raque'' que l'on transportait au pressoir. Puis, on plaçait une bougie allumée dans l'espace laissé pour s'assurer qu'il n'y avait plus de gaz carbonique afin qu'un homme puisse entrer en toute sécurité pour enlever à la fourche le restant de raisin. Un porteur descendit dans la cuve et l'accident se produisit. Une forte présence de gaz carbonique asphyxia le travailleur. Les gendarmes intervenus jugèrent qu'il était arrivé un accident du travail et bouclèrent l'affaire rapidement du fait aussi que la victime était une étrangère.

            Quelques jours plus tard, le palefrenier espagnol reçut un coup de sabot qui lui fracassa le crâne. Les gendarmes menèrent l'enquête avec autant de désinvolture. On enterra les pauvres gens dans le cimetière du village à l'endroit réservé aux indigents.

            Toutes ces "morts accidentelles" se succédèrent à un rythme anormal et le patron commença à se poser des questions. Il ne savait pas qu'il avait embauché des vendangeurs espagnols anciens ''franquistes". Le chef de cave, ancien républicain mena sa propre enquête et découvrit la rivalité sanguinaire qui perdurait, toujours impitoyable, quinze ans plus tard et que ces règlements de comptes n'étaient que les restes de la guerre civile espagnole.

            Cette malheureuse histoire nous a été racontée par Gilbert, notre guide du voyage qui de nos jours ne fait plus des voyages d'affaires chez les espagnols. Le niveau de vie de l'Espagne a beaucoup évolué puis les vendanges à Maureilhan se font désormais avec des machines à vendanger.

            Et… il ne faut pas oublier ce que disait le célèbre docteur- biologiste Arnaud de Villeneuve les Béziers " le vin guérit l'homme du venin, purge la poitrine, prolonge les jours et entretient la jeunesse". Malheureusement, il en perdit la vie.  

    JC d'Oc 04/2013 


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