• Lucyle Panis- cantatrice sérignanaise.

     

               
       Lucyle Panis- cantatrice sérignanaise.  

     Lucyle Panis- cantatrice sérignanaise.

       Lucyle Panis- cantatrice sérignanaise.
     
     


    Alors! Raconte! N° 183 

     

                                     Lucyle Panis- cantatrice sérignanaise.

     

                   C'est déjà la fin du 19ème siècle, Valras n'est encore qu'un petit hameau, un bourg rattaché à Sérignan. C'est la belle époque et il y fait bon vivre. Alfred Panis, instituteur à Sérignan et Constance Courseille sa femme sont heureux d'avoir un enfant en ce 2 septembre 1886. Rien d'étonnant si ce n'est que leur fille Lucile a un organe vocal très développé. Ses pleurs, tantôt graves, tantôt aigus la prédispose déjà à avoir une voix très puissante. Grandissant dans une famille catholique au milieu de ses trois frères et de sa petite sœur, sa voix de soprano  par son timbre très particulier s'affirme, elle chante sans cesse  et le curé de la Collégiale de Sérignan, le chanoine Tarniquet, celui qui a élevé la statue de St Guillaume-Courtet en 1894 sur la place, devant l'église souhaite la former à la discipline du chant religieux. Très jeune, vers 14 ans, elle est repérée par sa voix exceptionnelle par le mécène Fernand Castelbon de Beauxhostes qui organise des soirées lyriques aux arènes de Béziers. Sûr de lui il la protège et appuie sa candidature pour qu'elle soit admise au Conservatoire National de Paris. Le père de Lucile est nommé instituteur à Saint Denis dans la région parisienne, ce qui permet à Lucile d'être formée au chant lyrique tout proche. Elle étudie la musique et elle améliore la qualité de sa voix, sa hauteur, son timbre et son intensité. En 1906, Lucile vient d'avoir ses vingt ans, elle entre dans une troupe d'artistes et va chanter pour les malades de l'Hôpital Bicêtre et devient une vraie star dans le milieu du lyrique. Elle vole désormais de ses propres ailes. Son père Alfred Panis décide de partir en Tunisie à Djerba et fondera une des premières écoles franco-tunisiennes.  Lucyle ( prénom de comédienne avec un y) est restée dans la capitale où elle profite de la vie avec son ami Armand Petit. En 1907 elle obtient le second prix du Conservatoire. Avec le progrès, le gramophone remplace le phonographe. Sa technique permet d'émettre des sons, de lire des galettes qui nasillent beaucoup. Elle enregistre sur disque et chante en 1908 quatre titres dont "Frou-Frou "

     

    Frou frou, frou frou par son jupon la femme
                         Frou frou, frou frou de l'homme trouble l'âme
                         Frou frou, frou frou certainement la femme
                         Séduit surtout par son gentil frou frou

     

    et l'Anneau d'argent qui marqueront son répertoire bien des années plus tard.

     

                En 1908 lors de l'été, elle est invitée à se produire au Théâtre  de Béziers, celui qui clôture les Allées Paul Riquet. Son mécène Fernand Castelbon de Beauxhostes qui l'avait déjà prise sous sa protection organise le spectacle.

     

               Le drame lyrique du Premier Glaive en 3 actes  est interprété par Lucyle devant 400 instrumentalistes, 250 choristes. Elle remporta en ce jour du 30 août 1908 un très beau succès et l'éloge du journal local " Le Matin". Elle remonte à Paris pour reprendre des cours de chant avec l'ambition d'arriver à la consécration suprême du premier prix du Conservatoire de Paris qu'elle obtient après les deux deuxièmes prix des années précédentes. Rigueur et travail, toujours demandeuse et amoureuse de son ami Armand Petit qu'elle épouse le 2 août 1910. En janvier 1911 elle entre à l'Opéra Garnier où elle jouera le rôle d' Elisabeth dans "Tannhäuser" de Wagner. Elle est très impressionnée par un tel auditoire.

     

                   A Paris elle chante au Théâtre des Arts, à la salle Gaveau "Fidélio" de Beethoven et la "Danse macabre" de Franz Liszt. Cette jeune cantatrice issue d' un milieu modeste connait dès lors la gloire. Elle fréquente le beau monde d'en haut comme dirait notre célèbre Rafarin mais aussi le milieu huppé. Lucyle est aux anges lorsqu'elle reçoit les compliments d'Anatole France Elle fréquente aussi l'insolite parisien notamment le  "Cabaret du néant" au 24 av.de Clichy où l'on boit sur des cercueils et où le service est fait par des croquemorts.

     

                  De retour à Béziers en août 1911 où après les grandes manifestations des vignerons; les fêtes attirent un nombreux public. On lui offre les Arènes et devant plus de 10.000 spectateurs, elle chante "Les Esclaves" d'Aymé Kunc. Le décor est grandiose, elle est portée triomphalement sur les épaules par son fervent public à la manière des toréros. Elle interprétera sur la Place de la Citadelle la chanson "Les Vendanges" spécialement composée par le Biterrois Camille Saint-Saëns.

     

                    En 1912, toujours attachée à l'Opéra de Paris, elle diversifie son répertoire lyrique où le public applaudit tous les artistes dont elle fait partie. Elle restera fidèle au rôle d'Elisabeth dans "Tannhäuser" qu'elle chante merveilleusement et qu'elle joue avec succès.

     

                    Elle vient de signer comme première falcon ( notation suprême)   au Grand Théâtre de Bordeaux. Elle y fait son entrée le 11 novembre. Trois mille invités affluent à L'Hôtel de Ville dans le grand salon transformé pour l'évènement en salle de concert. Lucyle chantera " l' Air d'Alceste" de Glück et la "Reine de Saba" de Gounod accompagnée par son mari Armand au piano. A Bordeaux, elle s'y sent bien. Elle  est un quelque peu mondaine et aime bien se faire voir avec les personnalités de l'époque. C'est au cours de ces belles soirées qu'elle rencontrera son futur mari qui appartient à la haute société bordelaise. Dès lors, la belle vie bordelaise sera faite d'allers et de retours Bordeaux, Paris et d' autres villes françaises et européennes. Elle sera la belle tragédienne lyrique que le public de Bruxelles ovationnera dans le rôle de Kundry dans Persifal de Wagner- regarder la photo de centre page 1.

     

                      Le pire arrive par le conflit de 1914/1918. Le 1er août 1914, les spectacles et les manifestations artistiques sont annulés. Ses trois frères sont mobilisés dès le début des hostilités. Deux de ses frères y laisseront leur vie. Les corps ne seront jamais retrouvés.  Valras-Plage porte encore le nom d'une rue de l'un d'entre eux Lieutenant Panis. Mais la guerre n'arrête pas les tournées de Lucyle et le public est au rendez-vous. A la Salle Gaveau à Paris, elle chante Glück. Au théâtre " Au Vaudeville" elle joue le rôle de Joséphine de Beauharnais dans "l'Aigle". Elle termine  son interprétation en entonnant la Marseillaise. Un triomphe républicain !

     

                      L'après guerre pèse sur le théâtre lyrique. Le cinéma gagne du terrain  et les spectateurs délaissent quelque peu les salles du théâtre. Toulouse d'abord puis Vichy ensuite seront ses villes d'accueil. Les curistes se bousculent ....(en se refaisant leur foie) pour écouter Lucyle qui chante au Grand Casino de Vichy.

     

                      Fin 1921, Lucyle part en Tunisie sur les traces de son père. Elle chante "Thaïs" au Théâtre de Tunis devant le grand Bey et le public est conquis par son talent.

     

                       A Bordeaux, Lucyle avait connu un élégant jeune homme André Lescouzère dont la famille possédait plusieurs théâtres. Fils richissime, il devint rentier de profession. Entre eux naquit une sincère amitié. En 1922, notre diva s'installe chez André qui devint son amant. C'est la grande vie, réceptions mondaines, cinémas, restaurants enfin les endroits les meilleurs. Au Grand théâtre de la ville elle fait revivre la " Perle de Saba" qui n'avait pas été joué depuis plus de 20 ans. Divorcée d'Armand elle voyage avec son amant - Périgueux et en août 1923 elle vient chanter à Lamalou-les-Bains au Casino.

     

              En 1928 la famille Panis fête deux mariages, celui de Lucyle avec André Lescouzère et son frère Georges avec Mireille Bru. Elle profite de son passage à Béziers pour chanter "La Tosca" au théâtre des arènes. Les années qui suivirent furent chargées en représentations. Elle est remarquable dans tous les actes par sa voix qui fait merveille.

     

             Et pendant ce temps , son père, ancien instituteur, qui avait pris sa retraite en 1919 s'était retiré à Valras-la-Plage. Il participe à l'animation, étant président du syndicat d'initiative de l'agglomération  qui compte alors 669 habitants. Il fait tout pour obtenir l'autonomie de son village qui est toujours considéré comme hameau de Sérignan. Le 12 avril 1931, douze conseillers municipaux élisent leur premier maire Alfred Panis le père de Lucile. Lors de la deuxième réunion, une demande est déposée pour changer le nom du hameau Valras-la-Plage en Valras-Plage. La même année un décret ministériel autorise cette inscription au registre des communes françaises. Alfred Panis fit beaucoup pour son village, l'arrivée de l'eau, de l'électricité, le nouveau cimetière, l'assainissement du Gourp Salat. Lucyle achète une maison sur le modèle des villas valrassiennes sur laquelle figure son nom " VILLA LUCYLE PANIS".

     

               Lucyle n'a pas encore cinquante ans, elle joue et chante de moins en moins souvent. Le 16 avril 1935 elle cesse toutes les prestations sur scène. Les affaires de son mari périclitent à Bordeaux. Lucyle se lance dans le cinéma elle chante "Frou Frou" dans "La Grande Illusion" de Jean Renoir et "Hugo Vabret de Martin Scorsese. Puis guerre 39/45. La vie devient de plus en plus difficile. Lucyle déprime et part avec André à Béziers. Ils s'installent au 46 HLM St Vincent de Paul. Le soleil ne lui rendra pas le sourire. Elle décède le 28 août 1966. Elle est inhumée dans le cimetière vieux de Sérignan à côté de toute sa famille.

     

              Il était une voix - Hommage à notre Lucyle Panis

         JCdoc 03/2017                


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