• Mes souvenirs d'écolier.


        Mes souvenirs d'écolier.    

       Mes souvenirs d'écolier.               Mes souvenirs d'écolier.                                  

       Mes souvenirs d'écolier.

                                                              Ecoles de CEBAZAN

     

     

    Alors! Raconte! N° 153

                                 Mes souvenirs d'écolier.

     

             Dans mon petit village de Cébazan où je pris le premier bol d'air dans les années 40, moyennant quelques francs, les gens se faisaient tailler leurs cheveux chez un brave homme qui habitait au fond de la rue dont il me reste un souvenir ineffaçable dans ma mémoire. Ce coiffeur improvisé nous posait un bol sur la tête et coupait tout ce qui dépassait avec sa tondeuse à main. Puis pour ne pas laisser de cheveux encore rebelles, avec son rasoir coupe-choux à manche repliable, il nous raclait le cuir tout autour  des oreilles et du cou . Lorsque son travail était terminé, avec son vaporisateur à poire, il nous envoyait un nuage d'eau de Cologne sur les quatre poils qui nous restaient.  Notre figaro nous en mettait plein les yeux, mais en partant il nous disait "Ah moun pitchou ! Qu'est ce que  tu sens bon ! " Enfin la propreté cachait souvent la misère du corps. Nous n'avions pas de salle de bain et une bonne casserole d'eau, tous les soirs, versée sur la tête nous rafraichissait. Nos parents très pudiques ne se lavaient que lorsque les enfants étaient couchés. C'était la règle depuis des générations de paysans.

             Le crane bien rasé, propre comme un sou neuf ( comme on disait à l'époque), nous allions tous les matins en galoche (pas encore en converses) à l'école communale apprendre les leçons de  vie que nous prodiguait notre maitresse. Nous accrochions sur un porte manteaux dans le couloir nos vêtements et enfilions notre sarrau d'écolier noir avec ses boutons sur le côté. Le silence était de rigueur et pour parler ou bien pour répondre aux questions de notre maitresse, il fallait lever le doigt et il ne fallait pas se tromper sinon un coup de règle sur les doigts faisait mal. On pouvait aussi se faire tirer les oreilles, les cheveux (enfin ! Ceux qui restaient) et même les joues.

            Sur l'armoire en bois qui servait au rangement des cahiers, des craies, des portes-plumes "sergent major"  des bouteilles d'encres violettes et rouges trônait toujours le bonnet d'âne avec ses longues oreilles, la terreur de l'écolier. Les cancres dont je faisais partie l'ont maintes fois mis sur leur tête et à la risée des autres élèves, on faisait cinq fois le tour de la salle de classe qui nous traitait d'âne ; c'était la politique de l'école. Cet  animal que j'ai toujours estimé et vénéré dans ma vie  a nourri avec son lait qui se rapproche le plus de celui de la femme de nombreux enfants . Il sait aussi se repérer sur les chemins pour gravir les montagnes, ni trop lentement dans les vallées, ni trop rapidement dans les montées, le pied sûr et avec courage. Tous derrière et lui devant (comme chantait notre ami Georges Brassens). Dans la vie, il faut de la  réussite. Ce n'est pas aussi la raison pour dire  que les enfants d'après guerre sont tous des ânes mais à cette époque là on semait des graines pour l' avenir, l'échec, c'était l'humiliation complète car l'esprit du combattant vainqueur de 1945 était très ancré dans les jeunes têtes de la nouvelle génération d'après guerre. La génération du renouveau, celle de "conquistadors" .

            Mais le temps du bonnet d'âne à l'école élémentaire ne dura qu'un temps, il y eut  aussi les encouragements avec la distribution des bons points, ces vignettes de différentes couleurs étaient fabriquées à Epinal - du vrai Made in Franche Comté - pour les enfants sages. On pouvait les échanger contre des images mais si notre comportement en classe n'était pas apprécié par la maitresse il fallait rendre des points que l'on sortait de sa boîte. Ultime punition; il fallait aller au "coin".

             Lorsque nous faisions des contrôles de connaissances " les compositions" comme nous les appelions, les meilleurs élèves gagnaient un album sponsorisé par une marque de café. Nous obligions nos parents a déguster le café de la marque "Caïffa" pour bénéficier dans chaque paquet d'une image que nous collions dans cet album. Dans mes boîtes à souvenirs je devrai retrouver plusieurs de ces livres d'images. Rien ne vaut la poussière pour conserver les vieux papiers et cherchant bien, de belles images un peu désuètes de nos jours sont collées dans cet album sponsorisé par le chocolat " Cantaloup - Catala". Que de bons souvenirs de ce chocolat de notre enfance, ce quatre heures, ce régal de l'écolier!

     

        Mes souvenirs d'écolier.

     

           20 ans après, les petits ânons nés en 1940 ont eu leur élan cassé par la guerre d'Algérie qui a brisé leur détermination. Beaucoup sont revenus de leur absence de 28 mois dans le village où ils ne se retrouvèrent plus. Ce retour sur le lieu de sa naissance s'appelle la philopatrie (l'amour du pays de son père) comme font les cigognes  et les hirondelles.

          Les offres de travail se faisant rares surtout qu'ils n'étaient pas prioritaires sur le marché du travail, ils durent partir vivre dans d'autres villes et occuper souvent un emploi dans l'administration. Heureusement les trois glorieuses décennies commençaient et 90% réussirent comme postiers, cheminots, armée, dans les impôts à Paris et bien sûr dans l'enseignement dont le premier poste était souvent dans une école perdue au fin fond de la France.

     

              Ainsi passe la vie et les souvenirs de notre enfance remontent à la surface comme des bulles. Dire que j'aurai pu dire tout cela en quelques mots mais je prête ma plume à ceux qui savent beaucoup mais qui ne disent rien .

              Enclencher la machine à remonter le temps n'est pas si simple mais beaucoup se reconnaitront pour rêver car dans les rêves d'enfant, il y a souvent l'éclosion du sens donné à la vie d'homme (Freud).

    JC d'Oc  07/2015

    *Mais savez vous comment s'appelle l'habitat de l'âne ??? Anerie ou asinerie?

      

     

    La légende de Midas

           Midas eut la malencontreuse idée de soutenir la chansonnette de Pan, plutôt que le chant d' Apollon.

           Apollon vexé lui tira les oreilles si fort qu'elles devinrent semblables à celles d'un âne. Plus il se regardait, plus elles poussaient, puis un jour, elles dépassèrent sa chevelure et il dut aller voir son barbier. Son barbier dut jurer de ne point divulguer que Minas avait des oreilles d'âne. Ce secret, nul ne devait le connaître.

           Le barbier tint parole mais il creusa un trou près de la rivière et chanta doucement " Le roi Minos a des oreilles d'âne"

           Les roseaux poussèrent et le vent divulgua la chanson.

            Minas s'empoisonna après avoir tué son barbier.


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