• Notre mémoire fout le camp et pourtant, ce n’est pas si loin que ça !

     

     

     

     

    Alors ! Raconte ! N° 36

     

     

     

                              Notre mémoire fout le camp et pourtant, ce n’est pas si loin que ça !

     

     

     

            Les moins de 40 ans n’ont pas connu l’époque où :

     

     

     

            Les colporteurs avec leurs sacs remplis de fils, d’écheveaux de laine, de teintures,  de rubans et surtout de fioles pour faire le pastis sillonnaient l’Hérault en passant dans les villages. C’était des multicartes, ancêtres de nos voyageurs de commerce. Ils vendaient tout ce que nous avions besoin pour la vie courante. Leurs petites affaires leur permettaient de vivre sans s’enrichir.

     

                                         

     

             Les chanteurs de rue avec leur limonaire ou leur accordéon passaient le dimanche matin après la messe et avant le repas dominical. Ils chantaient les chansons en vogue à l’époque en tournant la manivelle de leur orgue de Barbarie. Ils apportaient la joie et le bonheur dans les rues. Ils exécutaient un morceau de musique ; de leur voix rauque, ils chantaient une chanson choisie par les villageois. Les ‘’roses blanches’’ et ‘’ le dénicheur’’ étaient reprises en cœur. Ils vendaient des partitions pour quelques pièces de monnaie.

     

     

     

               Les marchands de tapis, surtout des orientaux, passaient en criant ‘’ tapis’’, quelques descentes de lits  croisées sur leurs épaules. Ils vantaient la qualité de la trame du tapis qui, d’après eux était toujours du fait main. Il fallait marchander serré car ils étaient durs en affaire.

     

               

     

                Sur la place du village, sous’’ la platane’’ s’installait l’étameur. Pour attirer la clientèle, il ‘’trompetait’’ dans sa corne de bouc en criant ‘’ étamer ! cuillères !  fourchettes !  plateaux ! couteaux !

     

    Après la guerre, il est vrai que les gens n’étaient pas riches et leurs couverts étaient en fer blanc plutôt qu’en argent. Après être passés dans un désoxydant, ils étaient trempés dans un bain d’étain. Ils retrouvaient ainsi leur éclat d’antan.

     

     

     

                 Le colporteur qui passait le plus souvent était ‘’ lou païllaïre’’. Il récupérait les vieux vêtements (en patois payos = vieux chiffon). Il achetait aussi les peaux de chèvres, de taupes et de lapins au préalable bien séchées. Pour se faire un peu d’argent pour aller au ciné ambulant, les gosses récupéraient les peaux des lapins fraichement tués et astucieusement les tendaient  grâce à des roseaux disposés en croix. Ces peaux étaient mises à sécher, puis vendues selon leur qualité.

     

                 Combien d’enfants pas sages ont failli être vendus au ‘’paillaïrot’’ ? C’était la terreur des gamins du village.

     

     

     

                 Les vignerons se chauffaient, les jours de froidure extrême, avec le feu dans la cheminée. Si bien que les souches de carignan principalement ont la particularité de bistrer très vite les conduits de cheminées. Une équipe de ramoneurs passait dans les rues du village en quête de quelques ramonages. Ils tendaient une couverture sous le manteau du foyer, œuvraient avec leur diablotin et en ressortaient noirs comme des charbonniers. Ainsi, pour quelques sous, la cheminée était propre et le ramoneur partait satisfait du travail accompli.

     

     

     

                        Les canapés de cuir, les gens des campagnes ne connaissaient pas. Ils s’asseyaient sur des chaises tressées avec de la paille de blé. Par l’usure et le temps, le siège se détériorait et il fallait le faire refaire. Le rempailleur de chaises était là pour vous remettre à neuf en quelques minutes toutes les chaises. Il pouvait même faire une fantaisie en décorant la tresse  en rouge, en vert, à la couleur de votre choix, devant votre porte et devant des dizaines d’yeux d’enfants émerveillés devant la dextérité de l’artisan.

     

     

     

                     Les parapluies, dans notre Midi, servent souvent de parasols, d’ombrelles. Les premiers parapluies à toile bleue comportaient des baleines en bois d’osier. L’osier ou saule a la particularité de se plier sans se casser. Le réparateur de parapluie rafistolait cet abri en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Ces gros parasols  biplaces, dits familiaux,  servaient au vigneron et à sa femme pour partir incognito et en amoureux travailler leur lopin de vignes. ‘’Un pti coin de parapluie contre un coin de paradis. Elle avait quelque chose d’un ange. Un pti coin de paradis contre un coin de parapluie. Je ne perdais pas au change pardi !  Brassens le poète.

     

     

     

                      ‘’Je suis le colleur de faïence et de porcelaine’’ s’écriait cet artisan qui, chez vous venait réparer les assiettes ébréchées et les verres cassés sans pieds. La colle Super-glue  UHU n’existait pas encore et l’on avait besoin de lui. Peu de gens se rappellent de cet homme qui fondait le verre et qui levait le coude pour expérimenter sa réparation.

     

     

     

                      Vitrier ! Vitriééééé ! Cet artisan descendait la rue avec tout son atelier sur son dos, son escabeau et ses vitres. Son marteau et son couteau à enduire pendus à sa ceinture, il recherchait un peu de travail. Dès qu’il s’apercevait de la moindre casse ou fêlure d’une vitre, il proposait ses services et là, plus de courants d’air. Il possédait un beau diamant mais il était le plus pauvre de la terre.

     

     

     

                       Dans les années 40, presque tous les foyers possédaient un ‘’cambril’’’. C’était un enclos qui abritait nos biquettes. Le lait de ces chèvres a nourri plusieurs générations d’enfants. Le lait de chèvres permettait aussi de confectionner d’excellents petits fromageons. Tous les matins, à une heure précise, le cambril était en effervescence. Nos biquettes reconnaissaient de très loin la corne du chevrier. Cet homme amenait les animaux brouter le long des talus. D’un coup de corne, le loquet de la porte sautait et nos quatre biquettes, la queue joyeuse et sautant de plaisir allaient rejoindre au fond de la rue le petit troupeau de copines. Le soir, les mamelles bien pleines, nos locataires rentraient rejoindre leurs couches que nous avions entre temps renouvelées de paille et de foin frais.

     

     

     

                        Pour nourrir la volaille et les chevaux toute l’année, les gens du village utilisaient un lopin de terre en l’ensemençant de blé ou d’avoine. Les semailles s’effectuaient en automne et les blés étaient coupés en juillet, juste avant les grandes vacances scolaires. Les gerbes étaient hissées sur la charrette et transportées à la sortie du village pour confectionner des gerbiers bien ronds.

     

                       Le grand évènement de ce début d’été était l’arrivée de la batteuse. Elle était attendue car un orage pouvait survenir et gâcher une partie de la récolte. Ce transport exceptionnel arrivait avec renfort de trompettes et de tambourins. Le tracteur avec sa longue courroie en huit animait le fonctionnement de la batteuse, cette machine faite de bois qui happait les gerbes, les avalait, les transformait en graines, son et paille. Le travail commençait très tôt le matin et les hommes ruisselants de sueur buvaient à la gourde pour étancher leur soif. Les graines ensachées en sac de 100 kg étaient l’apanage de la force des costauds du village. Ils montaient sur leurs épaules les sacs en les prenant par leurs deux oreilles, sans aide de personne.

     

                      Et nous qui étions gamins, le soir, allions nous rouler dans le son pour jouer. Nous rentrions à la maison, les cheveux ébouriffés, du son plein la tête et le corps. Là, nous attendaient nos parents et ………c’est une autre histoire !

     

     

     

                     Il passait bien quelques petits cirques. Bien sûr ce n’était ni Amar, ni Pinder. Ils n’avaient pas de chapiteau. Ils s’installaient sur la place du village, sous un réverbère, leurs roulottes hippomobiles placées en rond. Quelques bancs entouraient la piste. Ils présentaient des numéros d’équilibristes, quelques chiens savants et des singes qui n’avaient pas connus de guenon car ils étaient toujours en rut. Le spectacle se terminait par les pitreries du clown et les applaudissements du public.

     

     

     

                     Tous les mardis, le projectionniste du ciné ambulant arrivait au ‘’ café des Sports ‘’ du village. La veille, le crieur public, avait annoncé le titre du film qui devait passer en salle. Et là, nos quatre sous gagnés par la vente des peaux de lapins en poche, nous allions nous régaler en regardant les nouveautés de trois ans projetées. Il ne fallait pas être trop près du projecteur car on entendait les images s’égrainer ni trop près de l’écran où le drap blanc tendu à l’entrée du café ne donnait pas une image excellente. Les chaises étaient rassemblées autour des tables du bistrot et là, la magie du spectacle s’opérait. La mise en bouche commençait par un documentaire, puis la pub. Déjà cela existait. Rappelez vous ‘’ Jean Mineur – Publicité 001’’ avec son canard Donald et son cri de cheval en rut. A l’entracte, le cafetier nous servait de la limonade. Le film proprement dit commençait dans une atmosphère bleue des volutes de fumées. Les gens faisaient grincer leurs chaises sur le sol et riaient tout haut. Les femmes donnaient leurs appréciations et pleuraient dans les moments tristes.  Georgette, pleurait, pleurait et faisait fondre la graisse de son corps. Elle se liquéfiait sur sa chaise double qu’elle occupait vu son postérieur. Ne soyons pas médisants ! Pardon Georgette et paix à son âme !

     

                        Nous sortions la nuit tombée, les yeux larmoyants par les fumées et allions raconter à nos parents, à notre façon, le film avec tous les détails, même ceux que nous ne comprenions pas.

     

     

     

                       Ainsi s’écoulait la vie dans mon village CEBAZAN avec ses joies et ses peines.

     

                       Mais où sont les neiges d’antan !

     

     

     

       JC d’OC.

     


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