• Pierrounet de Nasbinals

     

     

      
     Alors ! Raconte ! N° 40

     

                                       Pierrounet de Nasbinals.

     

                 Nasbinals, commune de Lozère, située près du mont Aubrac n’aurait pas eu le retentissement espéré si un jeune berger né en 1832 n’avait transformé ‘’ miraculeusement’’ le village. Peu avant la Révolution, ce village était un petit bourg de 600 âmes. Situé à 1270 m d’altitude, les hivers étaient froids. La seule richesse est l’élevage des bovins et des moutons. Les animaux, au printemps,  pour trouver les herbages les plus abondants en altitude suivent des chemins appelés ‘’ drailles’’.

     

                  Notre petit berger, costaud, trapu et vaillant a appris très petit le métier de berger. Son premier emploi a été d’être ‘’roul’’. Il nettoie l’étable, fait la traite deux fois par jour et couche avec les bêtes. Il fait le fromage ‘’Laguiole d’Aubrac’’ ce Cantal affiné. Tous les 25 mai, il part à la Saint Urbain sur les chemins de la transhumance avec ses chiens et son âne. A l’âge de 17ans en 1849, il devient ‘’cantalès’’ – grade le plus élevé dans la transhumance- il mène le troupeau. Il restera pendant neuf ans chez le même fermier. Familièrement, son maître l’appellera Pierrounet, diminutif de Pierre. Il s’appelait en réalité Pierre Brioude. A 19 ans, c’est une force de la nature qui surprend les gens, près de la nature, il sait tailler le bois et la pierre.

     

                  Lors d’une transhumance, il passa près d’une croix en pierre  à la croisée d’un chemin. Cette croix était tombée par la faute d’un charretier mécréant. Minutieusement, il la redressa et rien ne laissa supposer l’avarie. Fervent catholique, il  fit sa prière et entendit une voix qui lui dit ‘’ Pierre tu répareras tout ce que tu toucheras’’. Dès ce jour là, avec ses mains, il exercera ses talents de ‘’rebouteux’’ de ‘’rhabilleur’’ voire de guérisseur sans prendre un sou. Désormais, les animaux qu’il gardait, à la moindre foulure, étaient rétablis sur leurs pattes par ses manipulations. Analphabète, il rétablit les fractures de tous, hommes, femmes et enfants. Comme son coup de main était adroit, il ratait rarement son opération. Ses exploits sont vite connus dans le canton dans tout le Gévaudan, dans tout le département et même à l’étranger. De toutes parts les malades, les infirmes affluèrent si bien que Nasbinals devint un peu étroit pour abriter tous ce monde. Pas une maison ne se transformât aussitôt en hôtel.

     

                  A l’âge de 20 ans, lors de la conscription, il tire au sort le numéro 7. Mauvais numéro car il assure 7 années de soldat dans les colonies françaises. La Lozère tremble. Qui va exercer le métier de vétérinaire rebouteux ? Le village se mobilise pour ramasser l’argent nécessaire pour le faire remplacer. Son frère ainé prendra sa place.

     

                  Pierrounet apprend à lire et à écrire. A 26ans, il démissionne de la ferme et reçoit le titre de cantonnier au village. Il se marie et a 7 enfants. Il se met entièrement au service des humains. Il consulte dans la pièce du fond de sa maison du Cantal trente cinq malades par jour sans compter qu’en cas d’urgence, il lui arrivait de réduire les fractures ou entorses au bord même de la route où il exerçait son métier ;  soit près de  10.000 consultations par an. Sa réputation grandissante, il devient le ‘’rebouteux’’ le plus célèbre d’Europe. Tous les malades condamnés  implacablement par la science, c’est à Pierrounet à qui ils s’adressent en dernier ressort. Il opère très tôt et finit très tard en consacrant au moins dix minutes à chaque patient. Il ne prend rien pour ses consultations mais les malades déposent ce qu’ils veulent dans une corbeille.

     

                    Sa famille l’aide en maintenant les malades qui deviennent de plus en plus confiants. Il traite les fractures ouvertes avec plaies par extension. Même un docteur de Béziers a eu besoin de ses services. Il lui a laissé en signe de reconnaissance une bague en or dans la corbeille.

     

                     Ce petit village au fin fond du Gévaudan devient un centre miraculeux qui attire les foules en mal de guérir. On construit trois hôtels pour héberger les malades et ceux qui les accompagnent. La gare d’Aumont-Aubrac gère  difficilement cette arrivée massive de visiteurs. C’est bien  lui le rhabilleur du village. Ce bourg inconnu, perdu sur les pentes du Massif Central, que rien ne permettait d’attirer les gens, voit subitement sa notoriété grandir. Petit à petit, les commerçants arrivent. Cet afflux de patients entraîne la mise en place d’un service de voiture à cheval entre la gare et Nasbinals. Partout ailleurs, on ne parle plus que de Nasbinals.

     

                    Finalement, la fortune de Pierrounel fait des envieux. Cet engouement déplait aux médecins officiels de la région qui prirent ombrage. Plainte est déposée contre ce berger. Ce bienfaiteur du pays est condamné  pour exercice illégal de la médecine. A 73ans, il est condamné à payer une amende, mais au tribunal il met au défi tous les médecins de remettre en place les os d’un agneau qu’il a lui-même désarticulé. ‘’Vous qui vous prétendez savants, remettez donc cette bête sur ses pattes’’. Aucun médecin n’est capable de remettre sur ses quatre pieds l’animal tandis que Pierrounet en trois manipulations envoie l’agnelet rejoindre sa mère. Toute la Lozère paye son amende.

     

                    A l’âge de 75 ans,  le 8 mars 1907, en pleine gloire il tombe par terre victime d’une  syncope et meurt dans les bras de son fils Edmond. Apprenant sa mort, le chagrin des habitants de Nasbinals fut touchante : ‘’ De que faro lou monde, aro que Pierrounet este morte ? – Que va faire le monde, maintenant que Pierrounet est mort ? ‘’ Une foule immense assiste à ses obsèques. Le maire du village Joseph Fabre fera élever un buste de bronze sur la Grande Place du village en mémoire de son enfant chéri qui pendant 50 ans de pratique a soulagé et guéri  les derniers rejetés de la médecine.  JC d’Oc.

     


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