• Valras après 1900

     

     

      
       Alors ! Raconte ! N° 93                        

     

                                                        

     

                                                                 Valras après 1900

     

     

     

                  Petit à petit, Valras prend les allures d'un vrai village. La population devient stable et les commerces d'alimentation s'installent près des cafés et des restaurants. On trouve en 1900 un boulanger, un pâtissier , un boucher et un épicier. Par contre , c'est un paradoxe, on ne trouve pas de poissonneries car les pêcheurs vendent directement sur la plage lors de la traine ou à l'arrivée à la rivière puis ils viennent à Sérignan vendre le restant à la criée comme elle se pratique actuellement sur divers endroits du village. Par contre ils sont toujours présents lors du marché au centre de Valras. Un nombre d'artisans montent des services de proximité - tailleurs, coiffeurs, cordonniers, bourrelier et maréchaux- ferrants. Les constructions n'ont pas la crise et des maçons et charpentiers italiens font légion à Valras.

     

           En 1897 une école s'ouvre au centre du village sous l'égide de Mme Crouzat institutrice car les enfants devaient auparavant parcourir 4 kilomètres pour aller à l'école de Sérignan.

     

            Le 17 juillet 1913, une église est inaugurée grâce aux fonds donnés par la famille Laugé très pratiquante. L'évêque en profite pour donner quelques coups de goupillon vers la mer du haut du chalet Laugé. Monseigneur l'astre solaire offre un tableau représentant N.D du Perpétuel Secours protectrice du village. . Les anti cléricaux se moqueront ouvertement de l'évêque car il n'y a pas eu de tapis ni d'arc de triomphe pour l'accueillir.

     

             En 1907, le casino change de place . L'ancien casino qui se trouvait près de la gare du tramway dans un café disparait et se reconstruit à l'emplacement actuel qui à l'époque était à l'extérieur du village. Il fallut près de sept ans pour le construire car la guerre arrivait sur l'est de la France. En 1912, une nouvelle avenue allant du casino en construction à la gare des tramways borde le rivage. Les rues sont tracées et le 24 juillet 1912, Valras est éclairé à l'électricité. Cette partie de la commune de Sérignan fut nommée à partir de 1901 ''  VALRAS-LA-PLAGE''.

     

             C'est l'arrivée des touristes  venus passer la journée au bord de l'eau. Ils arrivent de Béziers par le tramway électrique ou en calèche. Les messieurs avec leurs canotiers et les dames dans leurs cotonnades légères, sous leurs ombrelles. Ils s'assoient pour  pique- niquer quoi donc, des sardines et des maquereaux cuits sur un feu de sarments. Un avantage indéniable; la fumée éloigne les moustiques. Après la sieste, c'est le bain pour les plus aventureux. Habillés de simples slips kangourou à bretelles, ils pataugent plus qu'ils ne se baignent. Leurs épouses ne font que tremper leurs orteils de peur de se faire mouiller leurs jupons par les vagues. L'entrepreneur des Bains surveille la baignade et ramène éventuellement les baigneurs trop téméraires. C'est le garde côte qui est toujours prêt à sauver les gens. Il a près de lui dans sa barque une trousse de secours, un brancard et une couverture de laine.

     

          Valras connait maintenant l'hygiène ( il n'y a plus de cagadous derrière la tente), la santé et beaucoup de plaisirs. 1900, c'est la Belle époque. Les pèlerins du tourisme qui venaient aux Bains de mer tous les trois ans viennent tous les ans et petit à petit prennent racine dans la station. Ils demandent cette mise au vert, cette cure indispensable à leur santé. En 1908 Valras est peuplé de 112 électeurs, 130 étrangers (italiens et espagnols) et on dénombre 158 contribuables possédant des maisons. Avec les saisonniers et les touristes, le tramway transporte 126.000 personnes par an. Aussi, ne voulant plus dépendre administrativement de Sérignan, ils demandent d'être classés en commune propre et il faudra attendre vingt-cinq ans pour que leur vœu se réalise.

     

           Après de multiples pétitions adressées au préfet dès 1906 par le Syndicat d'Initiative de Valras la Plage Hérault  fondé en 1903, le projet est contré par les 3350 Sérignanais qui ne veulent pas dépenser leurs impôts pour l'adduction d'eau et l'assainissement de Valras la Plage car le seul canal d'évacuation des eaux usées était le Gourp Salat. De plus ils voient les recettes touristiques, le fruit du développement de la station et leur patrimoine amputés de 234 hectares leur échapper. Mais c'est toujours la Commission départementale d'hygiène qui refuse le statut de station balnéaire car la zone située auprès du Gourp Salat est encore marécageuse, infestée de moustiques, une lande de canotes, de tamaris poussant dans la vase.

     

             De 669 habitants en 1921, Valras la Plage passe à 1161 en 1936 et continue toujours son développement. Le nombre d'élèves s'élevant à 110, l'école déménage de l'autre côté de la rue Française, tout près de la gare des tramways. Cette initiative est au crédit de M et Mme Combescure car en 1925, la galerie sud du premier étage s'est effondrée. Alfred Panis intervient auprès du préfet car de nombreux parents ne veulent plus envoyer leurs enfants dans une école délabrée. La jeune mairie  s'installe dans le même immeuble, crée une cinquième classe et étudie un projet de construction scolaire. En 1925, l'évacuation des eaux n'étant pas conforme car il fallait construire des kilomètres d'égouts  pour conduire les eaux usées à une station d'épuration située à l'ouest de l'Orb et par le manque de financement, le projet de station balnéaire capote à nouveau. Et pourtant Valras la Plage est en pleine extension.  En 1934, la Cie Générale des Eaux et le Syndicat signent  le contrat d'adduction d'eau potable et les travaux débutent en 1937 après une étude approfondie du financement. A nouveau le Conseil départemental d'hygiène émet un avis défavorable tant que les travaux ne seront pas terminés. Le syndicat de M.Panis argumente sans cesse les avantages de la scission mais le Conseil Municipal de Sérignan émet toujours un vote négatif avec une large majorité lorgnant avec intérêts les revenus de Valras - les impôts des propriétés bâties, les patentes versées par les commerçants, les droits de place du Marché, les permis de chasse, les taxes du Casino et les 13000fr que rapportent le Kursaal et le Lido. De plus, les limites du territoire de Valras ne sont pas encore déterminées. Une bande longitudinale le long de la côte pourrait représenter une surface comprise entre 200 et 400 hectares. Le 16 octobre 1929, le préfet de l'Hérault donne un avis favorable avec une délimitation définitive; une partie gauche, le chemin des Pêcheurs à l'ouest aux limites de Vendres et le chemin des Querelles au nord soit 234 hectares. S'ajoutera en 1935 le terrain vendu  par le comte Félix d'Avignon de Sérignan pour y établir le cimetière  sur le plateau non inondable . 

     

    Enfin, le 18 février 1931 est promulguée la loi divisant les deux communes.     Valras Plage est enfin née.

     

    Festoyons cette naissance en attendant le prochain épisode.

     


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