• Viticulture- Caritas- Marché bovins

     

     

        
     Alors ! Raconte !  N° 47- Béziers 6

     

    Viticulture- Caritas- Marché bovins.

     

    Les festivités  biterroises.

     

    La peste – la Révolution française jusqu’au Second  Empire.

     

     

     

                 Puisque la féria de Béziers  rend les gens joyeux, sous la royauté pendant les fêtes, on buvait comme partout mais les tavernes étaient appelés les gargotes. On dansait dans les rues en fin de semaine, même si la danse était un péché pour les protestants. Elle était  loin d’être considérée comme étant une expression corporelle comme celle d’aujourd’hui. ‘’Ohé la Marie ! montres-moi comment tu gigotes en dansant la gavotte ? ‘’

     

                 Mais une des fêtes des plus prisées était celle du Jeudi de l’Ascension, le jour où le Christ est remonté au ciel. Ce jour là était le début des fêtes de la Charité : les ‘’Caritachs’’. Lors de la grande messe, les prêtres bénissaient des corbeilles de pain offertes par la corporation des boulangers et toutes les faims étaient sensées être comblées – faim de pain des pauvres – faim d’argent des riches – faim de gloire des soldats.’’ Les riches avaient la nourriture tandis que les pauvres avaient l’appétit’’, soit!

     

                La veille, le chameau de Saint Aphrodise était sorti par la grande porte de l’Hôtel de ville actuel. Papari, menait le cortège, musique en tête précédé des Consuls en robe rouge. Ils parcouraient les rues de la ville et ouvraient les festivités.  Le jeudi, chaque corporation présentait son char. Toujours en tête, Papari puis les bergers suivaient portant oriflammes et drapeaux. Puis venaient les prévôts devant leurs chars -  une quarantaine au total. Les ‘’caritaliers’’ jetaient des gâteaux, des fruits, des bonbons, des oranges aux badauds. Les gardiens du chameau empaillé étaient de véritables ‘’ paillasses’’ comme l’on voit encore dans les rues de Murviel les Béziers sur le bord de la nationale. Ces gardiens étaient habillés de vêtements sur brodés de coquilles d’escargots (rappelez vous de la légende de St Aphrodise FR N° 21). Ils étaient là pour danser. Spectacle fascinant qui faisait peur aux gosses. Cette bouffonnerie fait penser aux Gilles de Binche mais ils n’avaient pas de clochettes aux chevilles. L’évêque et les chanoines ne participaient pas au cortège. Ils attendaient Papari devant l’église des Pénitents Bleus pour jeter un peu d’eau bénite sur les milliers de pains et pour faire boire le chameau et aussi le chamelier Papari.

     

                   Les années passent et entre les festivités, le peuple vit, s’affaire, s’agite, s’inquiète, s’indigne. Ce peuple de la rue parle l’occitan tandis que les bourgeois enseignent le français à leurs enfants. L’occitan perd sa dignité officielle au profit du français notamment dans la rédaction des actes de droit, dans les sciences et la littérature.

     

                  En 1710 et en 1725, l’épidémie de peste, véhiculée par les rats et les puces, de la typhoïde due par les légumes pollués, de la variole et de la dysenterie réapparait dans Béziers. Responsables : l’air que respirent les gens, l’eau des puits et de l’Orb et surtout de la merde présente dans les rues de la ville. On chie partout, sur les marchés, dans les rues en levant les robes ou en baissant les pantalons. Mais il fallait prendre garde en levant les yeux vers les fenêtres où les contenus des pots de chambre étaient jetés sur la chaussée. Quand il pleut, les excréments descendent des toits car à Béziers, on avait pris l’habitude de construire des cabinets sur les toits où la merde séchait au soleil. Ce n’est que sous l’Empire (1804-1815) que ces ‘’cagadous’’ ont été supprimés et que la tinette passera tous les matins. Les rues seront alors nettoyées.

     

                  Comment ne pas penser à tout ça en marchant dans les belles rues du Béziers d’aujourd’hui où une crotte de chien nous offusque?

     

     

     

                 La Révolution Française de 1789 n’a changé à Béziers qu’une chose. Les biens considérables du clergé ont été confisqués et mis dans les mains de la bourgeoisie locale. Avant la Révolution, ils représentaient 20% de la surface bâtie de la ville. Comme pour la Saint Barthélemy, la guillotine n’a pas fait une seule victime. Les suspects, les royalistes et les prêtres réfractaires ont été libérés sans procès. Par contre au moment de la Terreur (1793-1794), à Béziers ce fut une grande braderie. Tous les bâtiments du clergé sont vendus (églises-couvents). Le couvent des Ursulines devient une prison. L’église de la Madeleine devient un dépôt de grains puis de chaussures. L’église St Félix devient un magasin à fourrage puis une boucherie. A St Jacques, on y fabrique des baïonnettes. St Nazaire devient un temple de la Raison. St Aphrodise est vendu et le fameux ‘’camel’’, est brûlé comme étant un emblème de la superstition. Béziers n’a plus d’évêché ni de tribunal. Sa population en 1797 baisse et ne comprend que 12.000 habitants.

     

                Sous Napoléon Premier, Béziers n’a pas le moral. L’économie stagne. Le chômage s’installe. Les rues sont toujours aussi sales. Il manque l’essentiel, l’eau, un air meilleur, des écoles et une structure pour accueillir les enfants abandonnés. Le commerce est peu florissant, seuls les fabricants d’eau de vie pour l’armée et les marchands de fourrage tirent profit de la crise. Plus d’exportations car nos amis de toujours les Anglais font le blocus continental. On profite des bras courageux pour détruire les restes des remparts. On plante des platanes et on agrandit la promenade (PP Riquet).

     

                 Puis arrive le retour des Bourbons en 1815. Les impôts comme le tabac augmentent. Dans les rues on assiste aux pugilats entre les royalistes et les autres (Jacobins-Bonapartistes). Mais à Béziers il n’y a pas de Terreur rouge, ni blanche (couleurs du moment). On se frottera les oreilles, mais pas au sang. En ce début du 17ème siècle, plus de 40.000 hectares de vignes sont plantés dans l’arrondissement de Béziers. La vigne pisse son vin qui se boit grâce à la croissance urbaine et aux exportations dues au Canal Toulouse-Cette. Les grandes propriétés, dans les mains de la bourgeoisie sont exploitées et rapportent de bons revenus fonciers. Mais ce n’est pas encore un grand boum économique pour la ville. Les propriétaires fonciers demeurent en ville dans de beaux immeubles.

     

                  Mais ce que l’on oublie, ce n’est pas toujours le vin qui a donné la prospérité à Béziers. En 1844 se tenait le marché des bestiaux sur l’emplacement de l’ancienne citadelle et par les comptes laissés sur les registres de la ville, on note que 944 bœufs et vaches, 2760 veaux, 1798 porcs, 15378 brebis et moutons et 5007 agneaux ont alimenté le foirail de Béziers. Cette production animalière venait de la ‘’ Montagne’’ via Olargues, Cessenon, Lacaune et Bédarieux mais aussi par le Canal. En 1842, Béziers est le troisième marché de bestiaux de France.

     

                   En 1846, l’ingénieur Jean Marie Cordier installe une machine hydraulique qui fait remonter l’eau de l’Orb jusqu’à Saint Nazaire. Cette eau alimente des fontaines publiques mais les rues sont toujours aussi sales. Les Allées permettent aux pauvres de se promener et de respirer un air meilleur. Peu d’enfants fréquentent les écoles (en 1822  50% de garçons et 33% de filles – en 1834 42% de garçons et 38% de filles).

     

                   Passons sur le coup d’état du 4 décembre 1851 où les manifestants pour la République avec à leur tête Casimir Péret, se sont frottés aux partisans de Napoléon III. La force, encore un coup a eu raison du droit et les bourgeois et l’église triomphent.

     

                   Béziers va-t-elle sortir enfin de ses luttes fratricides ?

     


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