•  

     

                                                                                        

     

     
       

     
       

     

    Béziers son Usine à gaz

     
       

     
     
                                                                            

     

       Alors! Raconte!  N° 207                       

     

                               L'Usine à gaz de Béziers et son veilleur de nuit.

     

                          Nous sommes allés en Alsace faire les Marchés de Noël en décembre 2019. Quelle surprise d'assister à la ronde de nuit du veilleur sur la place de l'hôtel de ville de Turckheim. Les 10 coups sonnaient à la cloche de l'église  et tous les yeux d'une centaine de touristes se tournèrent vers le haut de l'escalier où le veilleur apparut portant un costume d'époque, coiffé d'un tricorne, portant une hallebarde, un cor à la ceinture et une lanterne dans sa main droite. Il descendait les marches de l'escalier et de temps en temps il jetait un œil vers les 4 enfants qui le suivaient. Les enfants, vêtus d' un sarrau noir,  portaient une pique où une  étoile brillait de mille feux. Le veilleur chantait en alsacien " Han sori zu Fir und Liacht (  Prenez soin de l'âtre et de la chandelle) ". Au fur et à mesure de son avancée autour de la place, les fenêtres s'éclairaient et les gens allumaient une bougie qu'ils posaient sur le rebord de leurs fenêtres. Bien sûr une procession de touristes s'est crée et les applaudissements de la foule rythmaient la musique d'un chant de Noël alsacien. La façade de l'hôtel de ville s'illumina d'un bel " Bonnes fêtes", puis "Petit papa Noël" termina le spectacle.

     

                       Pourquoi cet aparté sur ce spectacle. cette introduction me fait penser à l'éclairage public de Béziers au début du XXème siècle. Jusqu'alors, les rues de Béziers étaient éclairées par des lampes à huile mais sur la ville planait déjà l'âme des gaziers d'autrefois. L'arrivée de l'éclairage  au gaz des rues remonte en 1844 où la municipalité de la ville confie le projet de la construction et la gestion de l' Usine à gaz située sur la rive gauche de l'Orb, à côté du pont d'Occitanie à une société lyonnaise. La construction dura 18 années car il fallut faire des tranchées pour les tuyaux du gaz et modifier dans certaines rues les lanternes à huile par des becs de gaz  . L'histoire raconte qu' en 1821 les murs d'une première usine à gaz sur la plaine de Sauclières voit le jour . Par la distillation de la houille dans une enceinte fermée, il est produit du gaz mais en quantité insuffisante car  la ville se développe très rapidement. Dès les années 1900, la nouvelle usine, celle d'aujourd'hui rue Lieutenant-Pasquet voit le jour. Ce bâtiment était bien plus important et il ne reste de nos jours que le château, seul vestige industriel qui a conservé les piliers en briques ,les tuyaux en fonte et surtout les grandes baies vitrées . C'est dans les années 1920 que les nombreux réverbères à huile sont remplacés par des lanternes au gaz. Tous les soirs, un allumeur de réverbères passait, une échelle sur son épaule et allumait avec une mèche brulante au bout de son bâton les becs de gaz après avoir ouvert le robinet d'arrivée.  De nombreux nuages de papillons apparaissent autour des lanternes et pondaient des œufs sur les fûts. Les candélabres incitèrent les couches-tard à veiller de plus en plus tard, fréquentant les débits de boissons, titubant et s'accrochant aux réverbères. Les casses et les pipis furent nombreux.

     

                            Laissée à l'abandon pendant plusieurs décennies elle était vouée à la démolition. Un Biterrois décide d'entreprendre avec accord de GDF de transformer ce lieu en salle de concert puis en discothèque. Dans cette ancienne Usine à gaz qui a conservé son nom, on  peut maintenant s'y divertir et danser avec les nouveaux gérants. C'est toujours le Gaz de France qui est propriétaire des murs. Les deux salles sont ouvertes en fin de semaine  et les veilles de jours fériés au grand plaisir des jeunes et moins jeunes       

     JCdoc 02/2021

     

     

     


    votre commentaire
  •  

    __

     

     

           
      Le cimetière vieux de Béziers   Le cimetière vieux de Béziers
     


    Alors! Raconte! n° 206

                                         Le cimetière vieux de Béziers

     

                   Occuper nos chaudes journées d'été, oxygéner notre cerveau et voir, apprécier et écouter un conteur . Découvrir le passé de notre ville dont son histoire est liée avec celle de son cimetière. Nous sommes partis visiter le cimetière vieux de Béziers proposé au mois d'août par l' Office de Tourisme de la ville. Ce lieu de sépultures de 4 ha ouvert en 1812 peut être visité comme un musée  à ciel ouvert qui nous éclaire sur les pratiques funéraires d'autrefois, sur l'art sculptural de beaucoup de caveaux, sur les célébrités et les inconnus qui se côtoient dans le repos éternel. Catholiques, juifs et protestants, bien que jadis  séparés par une entrée abattue  en 1863 retrouvent de nos jours une harmonie sépulturale . Les tombeaux des juifs Bûlher et Meyer, riches négociants en vin à Béziers trônent en bonne place en bordure de ce passage. Les juifs avaient un cimetière à part, au 19° siècle en bordure de la route de Corneilhan. Ce cimetière nous a laissé lors de notre visite une source infinie de découvertes, une  sensation d'union  où tous les morts sont unis quelles que soient leurs origines et leurs religions. Ce merveilleux cimetière  raconte l'histoire de Béziers, la puissance de certaines familles, des notables, des personnalités de la ville et de ses héros. Tombes , allées bordées de cyprès, arbre symbole de l'éternité, pouvant vivre plus de 2000 ans dont les racines viennent réchauffer les morts. Pierre Doris disait " On dirait un cercueil qui pousse" en parlant de  ces arbres.

     

    Au 17ème siècle, tout le monde pouvait être inhumé dans le cimetière. Statistiquement, 3 enfants sur 5 mourraient entre 0 et 10 ans soit 50% et il est arrivé que l'évêque refuse l'inhumation dans le cimetière si l'enfant n'avait pas été baptisé. Beaucoup d' hommes mourraient très jeunes ( 25% hommes et femmes mourraient entre 40 et 50 ans, seuls étaient  privilégiés les bourgeois (61 ans) et les chirurgiens (70 ans). Beaucoup d'épidémies favorisées par l'absence d'hygiène et le manque d'aération des rues étaient fréquentes et terribles. 

     

    Le cimetière vieux de Béziers 

     

    Le plus célèbre  des artistes  biterrois est sans aucun doute le sculpteur Antonin Injalbert ( 1845-1933) puis dans cette lignée suivent ses élèves Jean Magrou, Louis Paul et Jacques Villeneuve. Leurs oeuvres d'art, plus ornementales que chrétiennes  font du cimetière vieux un exceptionnel musée. Le sculpteurInjalbert a érigé son œuvre au décès de son père. L'artiste y repose également avec son épouse Louise Pin. Deux médaillons sur la stèle  représentent leurs portraits. De nombreuses compositions ornementales ornent aussi le Plateau des Poètes dont La Fontaine du Titan et le Monument aux Morts face à la gare. Il a réalisé de nombreuses sculptures dans le cimetière vieux dont les sépultures ornant les caveaux de Escande-Gleize, Azaïs-Hot, Fabre-Gourguet, Négrier et celle de Cauzel, remarquable pour les colonnes. Les Monuments aux morts 14/18 de Courmonterral, Boujan, Paulan, Lamalou, Laurens, La Divinité Marine du pont Mirabeau sur la Seine une véritable galerie des arts. Puis sculpture la plus républicaine notre Marianne (1889)la plus répandue dans les mairies du XXIe siècle.

     

     

     

    Le cimetière vieux de Béziers

    Comme dans beaucoup de cimetières de nos villages, on y trouve souvent un monument qui évoque les piétés superstitieuses . Dans le cimetière vieux de Béziers se trouve un tombeau de la fin du XIXe siècle d'une famille qui accueille la statue d'une vierge devenue objet de croyance et de dévotion. La croyance dit qu'en 1912, une femme essuya le visage de la statue croyant voir des larmes couler. Elle lui aurait alors murmuré  "Conserve ce linge, il aura une grande vertu" . De retour chez elle, elle aurait posé le mouchoir sur la jambe paralysée de sa fille qui se serait remise à marcher. En 1912, vue l'affluence  des gens en recherche de miracle, la municipalité de Béziers dut fermer provisoirement le cimetière. Evidemment, de nombreuses personnes viennent encore y déposer leur mouchoir. Vendeurs de cierges, médailles et chapelets s'installent à l' entrée du cimetière. La réaction des anticléricaux ne se fait pas attendre.                               Ainsi naissent les légendes !

     

                          

     

    Le cimetière vieux de Béziers

    Parmi les grands hommes que Béziers honore, il faut citer Jean-Marie Cordier (1785-1859). Cet ingénieur  mécanicien hydraulicien  a installé une machinerie de pompage des eaux de l'Orb qui depuis le Jardin de la Plantade fait remonter 66 m plus haut dans un réservoir situé sur le plan Saint Louis tout près de la Cathédrale St Nazaire l'eau qui alimente la ville. Ses funérailles furent publiques et sa tombe fut érigée sur un terrain donné par la ville. Alexandre Oliva réalisa sa statue érigée sur un socle de marbre blanc.

     

     

     

    Le cimetière vieux de Béziers


     

     

    Auguste Fabrégat(1804-1879), maire de Béziers de 1848 à 1849 et de 1858 à 1865) réalisa sous ses mandats le pont canal et celui du chemin de fer. Il fit agrandir la promenade sur les Allées Paul Riquet. Il nivela la Citadelle  et fit les premiers travaux au Plateau des Poètes. Injalbert réalisa le buste en bronze qui domine sa tombe de marbre blanc avec comme épitaphe " À LA MEMOIRE DE MR FABREGAT AUGUSTE ANCIEN MAIRE DE BEZIERS 1804-1879" . Le buste n'est qu'une reproduction que Injalbert avait crée à Rome et qui est de nos jours conservé au musée de Béziers.

     

     

     

     

    Le cimetière vieux de Béziers


     

     

    Parmi toutes ces sépultures remarquables, la seule tombe au cimetière  ornée d'un gisant en bronze sculpté par Jacques Villeneuve, élève d'Injalbert se situe dans la 2ème allée. A cet endroit repose Armand Jacques (1864-1920). Commerçant qui acheta la grande épicerie située Rue de la Citadelle. Il crée l'Association "La Ruche du Midi " en 1913 qui va devenir "Les Docs Méridionaux" qui par son ampleur comptera plus de 500 succursales étalées dans toute la France.

     

    Le cimetière vieux de Béziers

                  Puis il y a la colonne de la République qui honore André Cadelard et toutes les victimes qui pour avoir manifesté contre le coup d' Etat de Napoléon III le 2 décembre 1851 ont été guillotinées.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le cimetière vieux de Béziers


     

     

     

     

                 Une pensée pour cette magnifique pleureuse , assise sur le bord de la dalle de la sépulture. Elle est certainement pensive au pied de son créateur Hippolyte Jalvy (1863-1936).

     

     

     

     

     

                                                        Ronsard a écrit:

     

    Rochers, bien que soyez âgés de 3000 ans, vous ne changez jamais ni d'état, ni de formes.

     

    Mais pour moi, la jeunesse fuit et la vieillesse qui me suit, de jeune en vieillard me transforme.

     

     

     

    Ondes, Vous menez et ramenez vos flots d'un cours qui ne séjourne.

     

     Et moi, sans faire long discourt, je m'en vais de nuits et de jours au lieu d'où plus  on ne retourne.

     

    JCdoc 12/2020

     


    votre commentaire
  •  

     Alors! Raconte! N° 205                        

     

                             La grange cistercienne de Fontcalvy

     

         Nous n'avons pas besoin de traverser la planète pour rencontrer la vraie nature.  Découvrir lors de nos randonnées de vieilles pierres, ces géantes constructions qui impressionnent, ces ouvrages colossaux, nés d'un travail commun entre l'histoire et le temps, il suffit de se pencher dans une vie bien lointaine des moines bâtisseurs de cathédrales. Pour la grange cistercienne de Fontcalvy cette bâtisse perdue au milieu des vignes, la fresque est jetée et la tradition de projeter une nouvelle vie philosophique demeure.

     

    .   Etymologie -Son nom pourrait être issu de "font" pour "fontaine" et possiblement " chauve" pour "calve".

     

            Origine - Construite entre 1297 et 1320 par des frères convers. C'est une forteresse de 20m sur 70m. Sa cour est entourée de murs percés de meurtrières. à l'origine, d'une seule et vaste salle, divisée plus tard en salles plus petites par des murs séparatifs dont l'un d'eux subsiste encore. Fontcalvy est la mieux conservée des 24 granges. C'est un édifice médiéval qui fait penser à une église. Ces pierres entretiennent un dialogue poétique entre ciel et terre. à l'origine, d'une seule et vaste salle, divisée plus tard en salles plus petites par des murs séparatifs dont l'un d'eux subsiste encore.

     

            Elle était rattachée à l' abbaye de Fontfroide qui gérait les terres. Ces  25 granges étaient situées à moins une journée de marche car il fallait que les moines parcourent tous les dimanches les 20 km qui les séparent de Fontfroide l'abbaye mère pour assister à la messe.

     

     

     

                  L'abbaye de Fontfroide est une merveille de l'architecture cistercienne. Murs épais arcs brisés. Certes une grande puissance religieuse du Moyen Age mais savez vous qu'elle a eu une importante influence sur l'agriculture pendant plus de 700 ans par l'organisation du travail.

     

     

     

                A Ouveillan, les moines converts, ces religieux de condition modeste sous l'autorité d'un "magister grangial", cultivent les terres et élèvent plus de 20.000 moutons. Ils drainent même l'étang de Ouveillan pour exploiter le sel. Ils stockent le vin, la laine, le blé,  le seigle, les fruits, le fourrage, les olivettes dans la grange de Fontcalvy. Les produits qui ne craignaient pas l'humidité étaient stockés à l'étage. L'abbaye de Fontfroide gérait un important domaine agricole  dont Fontcalvy.

     

                Pour freiner les convoitises des seigneurs voisins, la grange est fortifiée. Le succès des cisterciens est tel que le nombre de terres et de granges explosent et les moines, afin de gérer tout ce monde agricole doivent organiser le travail. Ils créent le fermage et payent ses salariés.. Ils ne sont pas encore à la CGT ni au Médef. C'est une véritable révolution dans le monde féodal de l'époque.   L'abbaye de Fontfroide au début du 12ème siècle devient une puissance grandissante . Les cisterciens achètent aux Hospitaliers de St Jean l'immense plaine d'Ouveillan ce qui provoque des conflits et de la jalousie . Les quelques murs de la grange de Fontcalvy ne suffisent pas à protéger le domaine et les moines cisterciens  construisent des fortifications

     

                  Mais, lors de la séparations des biens de l' Eglise et de l'Etat lors de la Révolution Française, les biens réquisitionnés de Fontcalvy sont vendus à plusieurs familles en 1792. Petit à petit la grange tombe en ruine et devient une carrière de pierres. 

     

     

     

                    La grange enfin ce qui reste a échappé à la destruction au cours de la Seconde Guerre mondiale, grâce à l'abbé Signal et l'architecte Nodet. En 1943, la zone libre était occupée et les troupes allemandes chargées de mettre en défense le littoral audois contre un éventuel débarquement des Alliés en Méditerranée, avaient décidé de récupérer les pierres de la grange pour construire leurs défenses.

     

     

     

                  A la fin du 20ème siècle, en été, le festival de Fontcalvy redonne vie à ces vieilles pierres.

     

                Toujours sur un fond de religion ce festival met en scène 40 acteurs qui canonisent à Fontcalvy l'abbé supérieur mort prématurément. L'enquête est la recherche de la vérité sur fond d'esbroufe de l'esprit manipulateur de l'abbé. 400 places attendent sous l'œil attentif du Caronavirus. Prendre ses distances.

     

                Au début du 21ème siècle, la découverte de l'extérieur de la grange est libre et gratuite. La visite de l'intérieur est impossible en dehors des festivals ou des journées découvertes. 

     

    Jcdoc 08/2020

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


    1 commentaire
  •  

     

     

     

           
           

    Alors! Raconte! N° 204

     

     

     

                                                       La Vie en 1944

     

            J'avais 4 ans et les années qui suivirent 1944 furent très difficiles à vivre. Mon père fut mobilisé en 1942 et envoyé à Stenay(Meuse) dans l'infanterie coloniale. Nous n'avions pas beaucoup de ses nouvelles et notre famille composée de 4 enfants, de deux grands-mères, de deux réfugiés de Agde, on avait des difficultés pour remplir les assiettes pour 9 personnes. Le pain noir était rationné, la viande on ignorait le boucher. Elle est revenue lorsque mon père  atteint de tuberculose a été démobilisé. Il s'est fait opérer d'un pneumothorax. Le rumifon,  le P.A.S, la pénicilline médicaments miracles 1950 n'existaient pas encore. Pour qu'il reprenne des forces, la viande rouge lui était réservée. Heureusement, il fut sauvé.

     

            Il nous a appris à nous débrouiller seuls. On cultivait les vignes au "biguos" , pioche à trois dents, sans le cheval qui nous avait été réquisitionné par les autorités militaires françaises. Lors de nos petites vendanges, tous les raisins se ramassaient, mûrs ou pas. Aramon, carignan, mourastel, terret étaient les cépages les plus répandus. Les "broutignes" ( grapillons) faisaient le petit vin. Le litre de vin s'achetait 9,65AF - le kg de pain 1,98AF - le kg de beefsteak 71,90AF. Le salaire horaire n'a pas bougé pendant la guerre , il est resté à 12,42AF. Dans la campagne, on posait des collets pour attraper des lapins, des pièges pour attraper des perdreaux. On pêchait des grenouilles pour les manger. On élevait quatre chèvres qui nous donnaient du lait et lors de leurs périodes de chaleurs, on les amenait au bouc pour les faire saillir. Les petits chevreaux nous apportaient un complément de viande blanche. Par contre nous ne manquions pas de légumes, pommes de terre, artichauts, salades, topinambours, carottes et courgettes. Mais tous les soirs c'était notre corvée pour tout arroser. Trois jardins, on vidait les puits avec la chadouf en remontant,  les pieds sur une planche, les seaux d'eau. Il nous manquait du savon et une fois par mois, on faisait la lessive des draps dans une grosse lessiveuse (que nous appelions "la buguadière") où nous mettions une rangée de sarments de vigne, deux draps sales couverts de cendres de la cheminée, vestes et pantalons puis le petit linge Nous répétions cette opération sur cinq rangées. Sous cette grosse galette, nous allumions le feu et nous faisions bouillir; on rinçait avec l'eau du Lirou les genoux dans une caisse en bois . Comme chaussures, nous portions des sandales confectionnées avec des pneus de moto. C'était la guerre , la débrouille obligée.

     

     

     

              Un souvenir marquant dans les années 1944, pour faire saillir nos chèvres, nous devions les amener à Combejean chez une dame qui avait un bon bouc. On partait de bonne heure le matin et on montait vers Fontjun. Je me souviens des deux camions des résistants et du car des allemands brulés au col de Fontjun sur le bord de la route. Nous descendions ensuite un sentier qui nous amenait à Pierrerue puis la route jusqu'à Combejean. Il fallait faire vite car il fallait revenir avant le soir à Cébazan distant de 10 km.

     

              Un autre fait marquant car nous étions en zone occupée. Les troupes allemandes parcouraient les routes départementales et passèrent à Cébazan. Ils traversaient l'Hérault pour gagner la vallée du Rhône, Lyon, l'Alsace pour contrer la 1ère armée française qui avait commencé à débarquer en Provence. Le 17 août 1944 leur visite restera mémorable. Ils avaient faim et toutes les maisons furent visitées. Ils nous prirent du pain, du lard et montèrent dans les chambres. Mon père reçu des coups de crosse d'un fusil dans l'escalier. Ils n'hésitaient pas à tirer sur tout ce qui était suspect. Ma soeur qui avait 17 ans fut cachée dans le grenier; devinez pourquoi ? Ma pauvre arrière grand mère qui revenait du jardin fut bousculée et laissée inconsciente sur le bord de la route. On la retrouva au fond d'un fossé le lendemain matin. Les maisons furent pillées, les portes éventrées. Du 19 au 24 août 1944 les colonnes d'allemands en déroute passèrent dans le Biterrois. Tous les moyens de locomotion  furent utilisés. Au bas de notre rue, pendant leurs perquisitions, les vélos  entassés les uns sur les autres empêchaient les mules et chevaux de passer. Ce fut l'affaire de deux jours, puis nous avons pansé nos peurs et nos  blessures. Le dernier passage des Allemands dans la commune de Cébazan restera un souvenir gravé à jamais dans nos mémoires. De peur que les jeunes filles soient agressées par les troupes allemandes, la majorité des gens du village sont allés dormir dans la campagne amenant avec eux leurs volailles, chèvres et clés des maisons. Mais ce n'était pas la première fois que notre nuit se passait ainsi. Le 5 juillet 1944, les Alliés - Américains et Anglais- ont bombardé la gare de Béziers qui réparait les  wagons et les usines Fouga qui construisaient des petits chars pour les allemands. Lors du  passage des forteresses au dessus de Cébazan, pris de panique les habitants allèrent se cacher et du haut de la colline nous avons vu le ciel rougeoyant au dessus de Béziers s'enflammer. Il était midi trente cinq lorsque 120 à 150 avions  anglo-américains en quatre vagues lâchèrent 500 bombes sur Béziers, 100 bombes sur la gare SNCF et 75 bombes sur les établissements Fouga. Tous les gens du village se mirent à pleurer car pour la première fois, ils découvraient les horreurs de la guerre.

     

     

     

                             11 novembre 1942, les allemands arrivent à Béziers.

     

                                    20 août 1944, les allemands se replient

     

     

     

         La guerre ne sera pas finie pour autant. Il faudra attendre mai 1945 pour voir les prisonniers revenir. Puis les crimes de la milice furent jugés. Les maquisards se firent justiciers. Beaucoup de miliciens sautèrent par les fenêtres pour leur échapper. L'après guerre...... en toute chose il faut considérer la fin .....mais il faudra beaucoup de temps pour oublier tout cela. 

     

       JCdoc 09/2020

     

     

     


    votre commentaire
  •                  

    Alors ! Raconte ! N°203 - Funtjun

               Alors ! Raconte ! N°203 - Funtjun                                                    

     

                            

    Alors! Raconte! N° 203

     

                                                         Fontjun - lieu de mémoire.

     

     

     

                   Voici déjà 76 ans qu'a eu lieu le combat de Fontjun, hameau situé sur  RN 112 , route entre Cébazan et Saint Chinian. Une embuscade , le mardi 6 juin 1944, jour du débarquement en Normandie, fut néfaste pour la résistance armée du maquis du Biterrois. Dans la semaine sur la radio locale, émission "Les Français parlent aux Français" très écoutée à 19 heures  la BBC lançait des appels codés pour entraver la marche des allemands qui remontaient vers le nord. Renforcer les hommes du maquis et harceler les troupes allemandes, tel était le but. Toute la population attendait cet appel et à 20h 20 le 5 juin 1944, la BBC lançait "Il a rougi le  traître". Cette phrase codée venue de Londres appelait  l'Armée secrète du maquis Latourette a rassembler un maximum d'hommes (environ 70 Patriotes dont une femme) originaires de Puisserguier, Maureilhan , Montady, Poilhes et de Nissan lez Ensérune pour commencer la guérilla en bloquant la remontée des  occupants. Il fallait faire vite,  bien organisés en réunion, les résistants sortirent les armes  de leur cachette.  les hommes de Capestang rejoignirent d'autres arrivés de Colombiers, Nissan lez Ensérune et Poilhes bien déterminés à Puisserguier et grimpèrent dans deux camions . Le convoi était précédé par une Juva 4, petite voiture avec 5  passagers. Il devait monter vers Ferrières-Poussarou dans un haut lieu perdu dans les bois " La Fraise". Ils prirent contact  pour plus de sécurité avec les agents de liaison de Combejean. Il était 19 heures, ils devaient à l'origine emprunter l'itinéraire  Capestang, Cruzy, Villespassans, Assignan, Le Pardailhan et arriver au pont de Poussarou. Ce trajet ne fut pas respecté et au dernier moment avec du retard sur l'horaire prévu les camions prirent  la Nationale 112 Capestang , Puisserguier, Cébazan, Fontjun,  passer à St Chinian et monter vers St Pons. La raison de cette décision fut diversement interprétée. Il fallait faire vite car la nuit arrivait, puis les préparatifs avaient été faits de façon trop bruyante et sans précaution. De plus un officier allemand avait été capturé entre Capestang et Narbonne et contre toute attente, il s'évada et pouvait après avoir rejoint sa garnison  avertir l'imminence de l'opération.

     

     

     

                 Un premier camion partit de Capestang pendant qu'un deuxième camion attendait à Puisserguier. La petite voiture, la JuVa 4 ouvrira le route. Le départ fut fixé à 22h 30. La moitié des 70 hommes ne sont pas armés. Quelques uns portent dans leur sac des grenades et des mitraillettes à l'épaule. Une réserve de munitions était stockée dans des caisses. Vers 23 heures, le convoi traverse Cébazan et commence la descente vers St Chinian. Dans un virage au col de Fontjun, légèrement en retrait vers la colline, un car de soldats allemands était en travers de la route. Il était facile aux résistants de le voir. La Juva ralentit puis accélère et bouscule l'officier allemand qui demandait de s'arrêter. Miraculeusement, la petite voiture pilotée par Jean DURAND avec à son bord Henri BEZIAT, Robert DURAND, Angel MALLET et Daniel PIDOU passa, une roue dans le ravin .  Ils crièrent " Les Boches" ce qui arrêta les deux camions qui suivaient.

     

                

     

                         La bataille s'engagea.  Les allemands se mirent à tirer sur les 48 volontaires  armés. Dès leurs premiers tirs neuf maquisards furent tués (certains parlent de cinq) dont Danton CABROL qui se tenait sur le marche pieds du camion de tête. Les maquisards non armés tentent de se sauver en sautant vers la gauche mais en face, 40 allemands tirent tout azimut et tuent 4 autres  résistants dont Maurice BOUSQUET, Paul CABROL, André SIGURET et Maurice SOL. Le combat est inégal, face à des allemands aguerris tous nos maquisards sautent et tentent de sauver leur vie. Ils ripostent avec leurs fusils mitrailleurs et lancent des grenades, mais vite ils sont en manque de munitions. Jean MONTAGNE , sort de sa musette des grenades et très vite le car allemand brûle semant le désarroi chez les allemands. Ce qui donna l'occasion de s'enfuir dans les vignes  vers le tènement de Combebelle. Antoine COLOMBIE, malgré ses blessures se trainera jusqu'au hameau de Fontjun où Isidore Magnez l'accueillera, enverra son fils chercher le docteur  Vacquier à Maureilhan qui vint au chevet du blessé. Pour que les allemands ne retrouvent pas le blessé, Isidore Magnez le cacha dans un lit de paille sous des gabelles de sarments de vigne. Deux autres blessés Roland BERT et Louis ESPINASSE furent accueillis par la famille Barthez résidant quelques maisons en dessous du hameau. Joaquim Ascencio, le lendemain de l'embuscade, secourut Jean MONTAGNE. Mais il fallait être très prudent car les gendarmes avec leurs chiens renifleurs recherchaient les fuyards. Roland BERT prit un vélo et blessé il survit à la balle qui  s'était logée dans la cage thoracique. Louis ESPINASSE, Jean MONTAGNE et Antoine  COLOMBIE partirent avec le docteur VACQUIE.

     

     

     

                  Bilan de cette fusillade, près de 20 allemands sont tués , 9 morts et 18 résistants sont arrêtés et faits prisonniers  et 5 blessés côté français.42 personnes ont pu se disperser parmi lesquelles Monsieur CARRERE qui trouva refuge dans une cabane de vigne vers Cazedarnes. Pascal Ortala de Cébazan qui allait travailler sa vigne le découvrit et lui apporta de la nourriture. Plus tard la Croix Rouge le ramena et le soigna, mais il perdra sa main gauche.

     

                   Les français faits prisonniers sont emmenés à St Chinian, torturés toute la nuit et promenés dans les rues du village. Le lendemain, au petit matin, les 18 prisonniers dont une femme Juliette  CAUQUIL seront amenés à la caserne Du Guesclin à Béziers où ils seront interrogés et surement torturés par la Gestapo. Aucun ne parla, aucun ne cita un lieu, un camarade.

     

                    Le 7 juin, le chef de la Gestapo annonce que 18 prisonniers arrêtés à Font un dont une femme seront fusillés publiquement par groupes de six sur la place du 14 juillet à Béziers.

     

                                    A 14heures tombèrent sous les balles : Amouroux Elie, Albert Marc, Dez René, Cros Pierre, Cauquil Roger,

     

                                      puis Taixe Juliette épouse Cauquil qui voyant son mari mort devant ses yeux voulut mourir. Elle crachat sur l'officier allemand et s'écria "Vive la France", Huc Louis, Bousquet Marcel, Villeneuve Henri,

     

     

     

                                      puis Montagne Salvador, Loscos Emile, Baïsse Louis, Massat Henri, Combet André, Caux Louis,

     

     

     

                                      puis Quixalos Joseph, Bourdel Guy et Malet Ignace.

     

                  Ce triste évènement produisit une très forte émotion dans la population de Béziers et dans les villages environnants. 10 des victimes étaient de Capestang et les allemands décidèrent de s'en prendre à ce village. Les chars nazis encerclèrent Capestang pendant trois jours accusant la population de complicité , ils fouillèrent  les maisons qui durent laisser leurs portes et fenêtres ouvertes. Toutes les maisons  furent fouillées . 143 hommes de 18 à 45 ans furent rassemblés Place de la mairie, amenés à pied à Béziers et envoyés en Allemagne comme travailleurs forcés. À l'exception d'un seul, ils purent regagner leur village à la fin de la guerre. 

     

     

     

     

     

     

     

                  Comment certains de nos héros rescapés ont raconté les conditions de leur survie. Georges Guibbaud qui avait 20 ans s'éjecta du deuxième camion et se cacha dans une grange où le propriétaire du lieu l'avertit qu'il était recherché par des chiens pisteurs. Il se cacha pendant trois jours en effaçant ses traces marchant dans l'eau des ruisseaux et dormant dans les arbres. Il arriva au château des Albières situé près de Berlou. Il gardera un souvenir douloureux de ce cauchemardesque épisode. Il mourut à Capestang en juillet 2002 à l'âge de 78 ans.

     

                  Antoine Colombié, Résistant, futur président du comité de Libération puis maire SFIO de Maureilhan. Il écrit plus de trente ans après l’événement ; c'est l’un des rares récits d'un des résistants.

     

                   Le 22 août 1944, Béziers est libéré du joug allemand par la 1ère Division française libre.

     

                  Un an plus tard, le 10 juin 1945 était inauguré au col de Fontjun, devant 15 000 personnes, un monument à la mémoires des victimes.

     

                   J'avais 5 ans et cela restera toujours ancré au fond de ma mémoire.

     

    JCdoc 06/2020

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique