• L’oppidum d’Ensérune

     

     

        
        Etang de Montady   Enserunes     Dolia

     

    Alors ! Raconte ! N° 71         L’oppidum d’Ensérune (Hérault) 

     

                                               Situé entre Nissan et Montady                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

     

                                                                                                                                                                                      Il y a 2000 ans, il y avait environ 14000 habitants sur l’oppidum d’Ensérune éparpillés au sommet et sur ses flancs. Cette population était aussi importante que celle de Béziers à quelques pas de là et subitement en 50 années seulement, la population disparut sur ce divin promontoire Il est vrai que sa position  géographique, même si aujourd’hui elle n’a plus d’utilité saute aux yeux. Du haut de ses 120m d’altitude ce promontoire est visible à des lieues à la ronde. Le paysage qui se déploie aux pieds des visiteurs est grandiose. L’étang asséché de Montady  depuis 1247 et dont sa géographie de parcelles rayonnantes appelées "pointes", font penser à un soleil. Des fossés drainent les eaux dans un collecteur. De là, par une galerie taillée dans la molasse miocène passant sous la colline du Malpas l'eau s'écoule  dans les bas fonds de l’ancien étang de Capestang (appelé Caput Stagni) lui même asséché au 19ième siècle. Ce site circulaire et concentrique est connu de toute l’Europe du moins par la vue exceptionnelle qu'il procure.

     

                   De la pinède qui coiffe cette colline, une table d’orientation au Sud domine la plaine où serpente  le Canal du Midi et que la Voie Domitienne coupe en ligne droite vers Narbonne. De plus, la voie du chemin de fer passe dans un tunnel situé juste sous le Malpas. La chaine des Pyrénées ferme l’horizon et de là, par temps clair, on peut admirer les cimes  enneigées du Mont Canigou situées juste après celles des Corbières. La plaine côtière s’étale de Fleury jusqu’au Mont Saint Clair à Sète. On peut voir sur un tour de 360°, la cathédrale St Nazaire de Béziers, le mont St Loup à Agde, le massif de la Clape (qui était une île et qui signifie ‘’île de mauvais cailloux’’) et même la seule île sur le littoral héraultais méditerranéen, l’île de Brescou.

     

                   Revenons à cette population disparue sur ce divin promontoire.

                Les oppida étaient souvent des grandes villes régionales. L' échelle du pouvoir politique est très hiérarchisé. Tout en haut les nobles, les plus riches, qui possèdent de grands domaines, ce sont souvent d'anciens militaires. Ils dominent leurs domestiques qui deviennent leurs esclaves . Les Gaulois ne sachant pas lire sont à la merci des druides. Puis la religion est devenue très puissante et dominante. Nous devons posséder quelques traces d'ADN de ces ancêtres mais il ne doit pas y avoir que de la "gauloiserie" dans notre groupe sanguin.

    Que s’est-il donc passé sur cette hauteur d' Ensérune pour que ce lieu soit si rapidement déserté ? Ce mystère est lié à la construction d’une voie antique appelée Via Domitia ( Voie Domitienne) aménagée au même endroit que celui du Chemin d’Héraclès qui 8  siècles avant JC reliait l’Italie à l’Espagne.

     

                   Avant l’ère chrétienne, aux environs de 6 siècles avant JC (c’est une évidence !!), les habitants vivaient dans des habitations troglodytes. Ils éprouvèrent le besoin de se sédentariser soit sur des hauteurs pour mieux se protéger, soit en bordures de mer sur des zones lagunaires pour pêcher en mer. Les hommes ne vécurent plus en hordes sauvages, mais construisirent des maisons avec les matériaux du coin (pierre et terre) sur les hauteurs des collines pour voir et être vus. Ces monticules seront appelés des ’’oppida’’ venant du nom latin ‘’oppidum ‘’(village en hauteur fortifié par des remparts). Ces oppida abondent du bord de mer vers la Montagne Noire, dans les plaines languedociennes. On en voit à Magalas, à Montady, à Olargues, à Vieussan, à Quarante, à Murviel les Bz, à Roquebrun et même sur la colline Saint Jacques à Béziers. Il n’y a pas de différence entre l’oppidum et l’acropole. Leurs habitations étaient perchés sur les hauteurs et il ne suffisait que d’un promontoire, d’un mamelon pour qu’un habitat y soit construit.

     

                    Un peu d’histoire pour agrémenter le récit.

     

                  Au X ième siècle avant JC, les populations se concentrent donc sur les oppida et fortifient leurs habitations avec des pierres sèches. Puis, l’analyse des vestiges préromains retrouvés à Ensérune permet d’observer l’évolution des périodes d’occupation. Trois périodes- les Celtes – les Ibères et les populations méditerranéennes.

     

    ENSERUNE 1 – (-1100 jusqu’ à -600 avant JC)

     

                   A partir du VI ième siècle avant JC, naît l’oppidum d’Ensérure pour se protéger des princes guerriers. Puis, plusieurs civilisations s’y succèdent, ibériques, grecques, celtiques et enfin romaines. A ce moment là, quelques cabanes en  matériaux peu solides (pisé, argiles, adobe..) sont mal répartites sur ce site. Les cabanes simples en pisé avec leurs murs en torchis et les silos creusés dans le tuf calcaire jaune représentent l’essentiel de l’habitat.  Les citernes sont revêtues d’enduits qui les rendent étanches. Les dolias en argile cuite enterrées  permettaient de conserver l’alimentation très longtemps. Les habitants vivent de la pêche, de la chasse et du troc qu’ils réalisent avec les marchands phocéens. Ils brûlent leurs morts et apparaissent des ‘’champs d’urnes’’. Peu de traces sur le terrain. Les morts, après avoir été brulés sur des buchers (ustrinum) les cendres sont placées dans un ‘’luculus’’, c.à.d dans un trou dans la terre ou dans le roc. Mais, sur quelques emplacements  on trouve des vases-ossuaires comprenant des offrandes souvent calcinées (parures, bijoux, armes, jouets). Pour mieux marquer le lieu de sépulture une stèle était souvent dressée.

     

    ENSERUNE 2 – (-425 à - 250av.JC)

     

                     Du Vième siècle avant JC,  durant la période grecque le village s’enrichit grâce aux échanges commerciaux. C’est aussi la nouvelle prospérité du lieu. On construit des remparts plus solides coté Montady et on installe la nécropole à  incinération à l’ouest de la colline en dehors des remparts. La ville se construit en damiers et se protège grâce à des remparts périphériques pour se protéger des envahisseurs.

     

    ENSERUNE 3 – (-300 avant JC à +300 ère chrétienne)

     

                     L’arrivée des Gaulois (300 et 250 avant JC, la ville s’agrandit encore et s’enrichit de citernes pour conserver l’eau de pluie mais depuis son origine, Ensérune n’a jamais manqué d’eau potable car elle disposait d’une source abondante toute l’année située sur le flan nord du promontoire.

     

                      De la fin du IIIème siècle avant JC le village sera détruit par les invasions barbares mais renaît aussitôt et se développe considérablement sur le sommet et sur les pentes. L’expansion est grandissante grâce à l’occupation romaine. La population est à son apogée grâce à son économie non seulement par ce que la Méditerranée lui apportait mais aussi par son agriculture, son élevage  et son artisanat local. Comme les cités latines, les Romains bâtissent un forum, des thermes, des rues avec trottoirs surélevés, des écoulements d’eaux de pluie et de nombreuses ‘’dolia’’. Les maisons sont de formes carrées et sont construites avec des pierres. Les pentes de la colline sont aménagées en terrasses.  Le vin, le blé, le bétail et les minerais empruntent cette voie empierrée construite en 118 avant JC, la Domitienne, qui descendait de Briançon, passait par Gap (la route Napoléon), Nîmes, Montpellier, Béziers,  Narbonne (où elle coupe dans le centre de la ville le Canal de la Robine). A Perpignan, elle se divise en deux parties, vers le Perthus et vers Cerbère. Cette voie sera durant 17 siècles l’épine dorsale de notre région. Elle sera bornée à 1,481 km  par des bornes dites milliaires. Construite tout d’abord pour un but militaire elle devint rapidement une artère commerciale. Sur cette artère venait se raccorder les chemins muletiers, les drailles bétaillères, la route du sel et même la voie divine bordée d’épines et d’étoiles, le Chemin de St Jacques de Compostelle.

     

                       Ensérune  était le plus riche grenier de la région. Dans cette ville, une multitude de corporations se côtoyaient, paysans, tanneurs, potiers, fileurs, tisserands et autres soldats, pêcheurs car la mer battait de ses vagues les pieds  de l’oppidum en ce temps là certes pour pêcher mais aussi pour se déplacer jusqu’à la côte grâce à des bateaux à fond plat. Le commerce maritime d’Ensérune ouvert sur la Méditerranée par le port de Fleury d’Aude dépassait celui de la Narbonnaise en passant par les étangs de Vendres, de la Matte, puis l’étang de Lespignan et enfin l’étang de Nissan les Ensérunes.

     

                      Notre célèbre voie Domitia passait au sud de l’oppidum de la colline du Malpas (mauvaise passe).

     

                       Dans la plaine de Nissan, le domaine de Saint Eugène servait de relais pour les chevaux. A Colombiers, lors du creusement du Canal du Midi et de son port fluvial, une portion de la Domitienne a été découverte mais elle a été recouverte de terre en 1987/88.

     

    ENSERUNE 4 – Abandon

     

                       Cette voie construite en 118 avant JC et surtout la création de la province la  Narbonnaise en 27 avant JC signent de fin de l’occupation de l’oppidum. La population descend dans la plaine pour y trouver des conditions de vie plus faciles et surtout le contact avec les latins. La ‘’ Pax Romana’’ va permettre à la population de s’installer et de commercer le long de cette voie. L’oppidum restera inoccupé pendant 19 siècles avant que…..

     

                       Parlons de la découverte de cette colline endormie pendant des siècles où tout était recouvert de pins. C’est lors d’une cueillette d’asperges sauvages en mars 1860 que l’abbé  Giniès aperçoit une sorte de poterie sortant de terre. Voyez, c’est en fouillant par hazard sur des terres que l’on retrouve des traces à faible profondeur d’une occupation antique de très haut niveau. Et tout va très vite dès lors et remerciant tous les locataires du paradis, l’abbé va mettre à jour des remparts, des silos à blé, des dolia (récipients de stockage en terre cuite où l’on conservait des denrées telles l’huile et le blé). Toutes ces découvertes vont attirer l’attention du monde scientifique. La découverte est prodigieuse. La nouvelle est vite connue en France. On vient de découvrir l’oppidum le plus formidable de toute la Gaule antique. Les archéologues de la région se précipitent pour prospecter sur le site et c’est en 1909, à l’ouest, qu’est découverte la fabuleuse nécropole.

     

                       En 1915, Félix Mouret, propriétaire à Vendres et passionné d’archéologie, achète le terrain  et dès les premiers coups de pioches les premières tombes à incinération  sont découvertes et réveillent ce beau monde oublié. Un grand nombre d’objets grecs, d’instruments ibères, de fibules, d’agrafes, d’épées, de pièces de monnaie, de bijoux sont déterrés du site. Félix Mouret rangeait ses collections délicatement avec précision pour éventuellement créer plus tard un musée sur le lieu où ils ont été découverts. Ainsi, en quelques années, Félix Mouret, cet amateur mais passionné archéologie va fouiller et mettre à jour près de 400 sépultures et mettra tout en œuvre pour que l’Etat achète le site d’Ensérune en 1922.

     

                        Bien plus tard, l’abbé Sigal étudiera l’architecture de l’habitat. Ainsi des quartiers d’habitations avec leurs rues, l’écoulement des eaux permettront de mieux situer le plan  gallo-romain et dans les strates définir l’empreinte des anciens occupants.

     

                        Après la mort de l’abbé Sigal en 1945, J.Jannoray, Directeur des antiquités historiques de l’Hérault reçu mission de poursuivre les recherches auxquelles le Chanoine Giry prêta activement son concours.

     

     

     

                        Le musée construit en 1937  dont la gestion et l’entretien sont gérés par le Ministère de la Culture abrite la quasi-totalité des découvertes faites sur le site. Dix siècles ne peuvent pas passer inaperçus. Au r.d.c sont exposées des ‘’dolia’’, des céramiques, des amphores, des coupes, des poteries, des vases d’origine phocéenne. Le 1er étage abrite le mobilier funéraire de la nécropole dont de nombreuses urnes grecques. Il faut noter la présence d’un œuf trouvé dans une tombe signe que la vie renaît. Et puisque cette histoire finit par un œuf, allez donc chercher en avril quelques asperges sauvages sur ces pentes pour faire une bonne omelette de Pâques.   JC d'Oc.

     


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