• La peste noire

     

     

        
     

     

    Alors ! Raconte ! N° 53

     

     

     

                                                 La peste noire.

     

     

     

            La peste a ravagé notre beau Languedoc pendant des siècles, mais c’est en 1720 que la pandémie fit le plus de victimes.

     

            Cette maladie avait déjà sévi en 429 av JC en Grèce où elle emporta plus du tiers de la population ainsi que Périclès. En 542, la ville de Rome est touchée. En 589, la peste de Justinien (nom de l’Empereur d’Orient) sévit à Constantinople. La ville sera décimée presque en totalité. En 1338 la peste noire est appelée ‘’la Grande Peste’’, elle vient d’Asie Centrale et se propage en Chine. Toutes les provinces en commençant par le Hubei et dans les Indes où les conditions sanitaires déplorables  permettent le déclenchement de cette maladie. En 1347, la Crimée et la Sicile sont atteintes. De 1347 à 1351, la peste noire touchera la population européenne.

     

               La première guerre bactériologique a lieu lors du siège de Caffa en Crimée sur les bords de la Mer Noire. Les Mongols infectés catapultent leurs cadavres au dessus des murs de cette ville qui est un important comptoir génois. Assiégeants et assiégés mourront d’un même mal. Le siège levé (faute de combattants), une trêve est signée, mais les Génois, grands navigateurs vont disséminer la peste dans tous les ports du pourtour méditerranéen. En France,   d  ’abord,  Marseille est touchée, puis tout le Midi et Toulouse. Venise est atteinte à 70% en juin 1348. Dans cette ville, on ne sait comment se prémunir de l’épidémie. Les médecins inventent ce masque au long bec qui renfermait des épices pour couvrir l’odeur des cadavres. Ce masque caractéristique est porté lors du carnaval sur la place Saint Marc.

     

                  La maladie est propagée par l’intermédiaire des puces véhiculées par les rats (le sinistre’’ rattus norvégius’’) qui infestent les cales des navires. De plus, la totalité des chats, par superstition, avaient été éradiqués au XIIème siècle.

     

                  La France, l’Allemagne et l’Angleterre sont en quasi-totalité contaminées en décembre 1348. En Avignon, alors cité papale, la venue des fidèles contribue à sa propagation. En France, seule la province du Béarn est épargnée.

     

                   La peste bubonique fait 25 millions de morts en Europe soit 30% de victimes.

     

                   En 1348, Florence, la belle ville et non pas ma voisine, est sévèrement touchée à 80% et propage le mal sur tout le nord de l’Italie. Ce pays sera décimé à 50%.

     

                   A Montpellier sur les 12 consuls qui gèrent la ville, 10 meurent. Sur les 140 religieux de l'abbaye de Fontfroide moins de 10 survivront.

     

                    En 1521, le Parlement de Toulouse se déplace à Lavaur à cause de la peste.

     

                    De 1361 à 1384, la peste ‘’des enfants’’ emportera la jeunesse.

     

                    De 1348 à 1401, après 9 épidémies, la peste a décimé de 30 à 60% la population en Espagne.

     

                     1529-1548-1556, cycliquement la peste se manifeste dans notre région. En 1632, on estime à 1.300.000 morts dans le sud de la France. En 1657 :900.000. En 1670 : 110.000.

     

                      On remarque toutefois que l’épidémie se calme en période de froid, notamment en février 1670 qui connut une période glaciaire dans notre région.

     

    Les puces n’aiment pas le froid et se réfugient dans les jupons de laine de nos aïeules pour passer l’hiver.

     

                      En 1720, un navire venant de Syrie le ‘’Grand Saint Antoine’’ accoste dans le port de Marseille. La ville, même au courant de l’épidémie à bord, l’autorise à décharger sa cargaison. Erreur fatale, les rats débarquent et 50.000 marseillais mourront soit la moitié de la ville. La contagion s’étendra ensuite vers Toulon et Aix et fera 120.000 victimes de plus. L’Afrique du Nord est touchée. Durant 3 ans, le Maroc et l’Algérie. En 1942, à Marseille, c’est la peste des chiffonniers pour tous ces gens qui manipulent des chiffons remplis de puces. Cette même année là, le Japon qui avait attaqué la Chine utilise la peste comme arme bactériologique. Lors du conflit qui opposa en 1960 les USA et Cuba, les Américains sont supposés avoir utilisé des germes de peste porcine sur l’île. La dernière pandémie connue  après celle d’Oran en 2003 est celle du Congo en 2004 et 2006.

     

                     Cette longue énumération prouve que même de nos jours, la peste est latente dans quelques vieux chiffons au fond de nos greniers et qu’elle peut se redéployer quelque part.

     

                     On en parle, mais c’est quoi la peste ?

     

                     C’est le mal des ardents diront les anciens ! C’est bien sûr une maladie contagieuse mortelle pour l’homme causée par la piqure des puces qui inocule le bacille ‘’inguinaria pestis’’ et non pastis (moins mortel). Ce bacille a été découvert par le français Alexandre Yersin en 1894. Bien plus tard, l’Institut Pasteur mettra au point un sérum pour combattre la propagation de cette maladie. Mais la transmission de la peste bubonique n’est pas toujours véhiculée par le rat, mais aussi par voies respiratoires (la toux, les crachats, les baisers). Elle se caractérise par des pustules appelées bubons et ronge tous les membres (mains, orteils) et le visage.

     

                      Pendant très longtemps, la population totalement démunie ne saura que faire devant cette punition divine. Elle priera St Roch et St Sébastien – saints pestiféreux-sensés d’éloigner la maladie. Processions, flagellations, on brûlait les hérétiques et l’on tuait les juifs en Alsace. On utilisait des sécrétions animales, du sang de crapaud, du venin de vipère, des purgatifs qui donnaient des diarrhées. Tous ces remèdes de bonnes femmes ne faisaient qu’abréger la vie plus rapidement.

     

                        Dès 1500, des mesures plus efficaces sont apparues, désinfections, fumigations, isolements des malades, mises en quarantaine des navires, incinération des cadavres, ont permis à la maladie de se propager moins rapidement. Mais la médecine était toujours incapable d’en déterminer l’origine. Et quand on ne sait pas, vite on se tourne vers le spirituel. Dans l’obscurantisme populaire, tout le monde reconnait que la peste est un châtiment divin venu pour punir l’humanité de ses péchés. Mais les médecins avaient bien remarqué que la maladie se propageait plus ou moins facilement lors des différences de températures. Un peu comme notre grippe saisonnière actuelle.

     

                        Les malades de plus en plus cachaient leur maladie. Comme tous les malades, les médecins infectés devaient être isolés et mis en quarantaine. Une ordonnance obligeait les pestiférés à marcher au milieu de la rue pour être reconnus. De plus ils signalaient leur présence en agitant leur crécelle. Les prostituées étaient rejetées hors des murs de la ville avec obligation de ne pas y revenir sous peine de pendaison et d’étranglement. Malgré tout, la terrible faucheuse d’humains ravageait les villes et les villages du Midi.

     

                          Les maisons des pestiférés étaient ‘’ barrées’’, ce qui signifie que toutes les ouvertures étaient fermées. Sur les façades étaient placardées  des croix et la nuit, elles étaient éclairées par des lanternes.

     

                          Dans le Biterrois, les vignerons touchés ne pouvaient sortir de chez eux pour aller vendanger leurs vignes et les raisins pourrissaient. Il parait qu’ils s’isolaient dans les capitelles (non prouvé) pour échapper au ‘’bâtonnier’’ ce fossoyeur qui passait dans les rues pour charger sur sa charrette les corps des défunts. A Béziers, les malades mis en quarantaine étaient donc isolés hors des murs de la ville dans des cabanes en bois pour ceux qui présentaient une suspicion de maladie, une autre abritait ceux dont la maladie était avérée et une autre pour les convalescents. Tous n’en mourraient pas mais étaient touchés (La Fontaine). Près de ces quartiers se tenaient les chirurgiens et le prêtre. Pour la première fois, les grandes œuvres étaient rassemblées. La science et le spirituel allaient finir l’ultime besogne. Tous les jours, les cabanes recevaient leur ration d’eau bénite. La seule visite visible par les malades était ceux qui venaient décontaminer les lieux en brulant la literie, les vêtements et tout ce qui pouvait être contaminé. Pour la nourriture, les autorités faisaient déposer près des cabanes les ingrédients et les pestiférés venaient les récupérer. Des parfumeurs brulaient dans les maisons dans des chaufferettes des troncs de choux, des pelures de coing, des parfums de genièvre, des résines de pins. Lorsque la désinfection était terminée, des essayeurs, souvent des prisonniers, venaient  pendant quelques jours occuper la maison et s’ils n’avaient pas été atteints par la peste, la maison était ‘’débarrée’’ et l’on pouvait à nouveau l’habiter. Il y avait aussi les enterreurs qui venaient enlever les cadavres avec leurs brancards  et leurs charrettes dont les roues n’étaient pas ferrées pour éviter de faire trop de bruit la nuit.

     

                   Dès qu’il y a une catastrophe, l’attrait de l’argent se fait sentir. Les  maisons ‘’closes’’ attiraient la convoitise des voleurs, si bien qu’en Languedoc en 1720 des voleurs sévissaient en toute sécurité et impunité dans ces maisons où le danger était le plus certain. Les autorités mirent en place des surveillances, des pièges furent installés un peu par tout. Et c’est là que quatre voleurs malins mirent au point un procédé pour ne pas se faire piquer par les puces et faire leurs forfaits en toute sécurité sanitaire. Ils se frictionnèrent le corps avec une décoction faite de vinaigre, de laurier, de thym, de clous de girofle et d’herbes de sorcières pour ne pas subir les piqures de puces. Cette pratique vite découverte fut mise en pratique et la prophylaxie se développa, ce qui freina considérablement la propagation de la peste. Le remède appelé '' remède des quatre voleurs'' devint efficace. C'était une décoction composée de vinaigre et de rue (plante puante). De plus, les furets, jusqu’alors considérés comme animaux de compagnie furent mis au travail pour éradiquer les rats dans les maisons. Les chats, remis en état de sainteté, refirent leurs apparitions dans les chaumières. Les gros rats noirs, les sinistres’’ rattus norvégius’’ disparurent dans les profondeurs des égouts parisiens. En campagne, l’espèce se muta en rats petits gris.

     

                    En 1928, Sir Alexander Fleming découvrit la pénicilline sur des souches de champignons. Il s’en suivit une nette diminution de la peste dans tous les pays du monde.

     

                    Ce fut le début d’une nouvelle période où la population s’éveilla sans crainte, mais d’autres malheurs les attendaient en 1870, 1914 et 1939 périodes où l’on ne trouva pas le remède pour éradiquer la bêtise humaine.

     

     

     

                   SOS ! SOS ! SOS ! On nous signale le 6 août 2009 dans la province de Qinghou en Chine l’apparition de 12 cas confirmés  dont 3 décès. Sauve qui peut !!

     

     

     

    JC d’OC

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :