• Cébazan en Languedoc


     

    Mon superbe village où je vis le jour un beau mardi d’avril de l'an 40. 

     

     Alors ! Raconte ! N° 128

     

                                              Cébazan en Languedoc

     

    Encore un village typique haut en couleurs de 535 habitants (les Cébazanais). Sa création par les moines bénédictins de Saint Aignan remonte vers 859. Au temps des Romains la petite communauté prit le nom de Cépatianum du nom d’homme latin Cepasius ou Cépatius (nom d’un valeureux centurion romain) à qui Cézar offrait des terres aux temps des colonisations. Puis le petit village s’appela  Zébazan ( la graphie ze se prononçait tze ), puis Sabaza en 1101  Cebazano en 1173. Enfin, le village prit son nom actuel en l’an 1312.

    (dico Larousse Sélection ‘’ Les noms de lieux en France’’).

     

    Cinq hameaux  forment le village où passe la route D112 qui vient de Puisserguier et qui va vers St Chinian. Ils ont tous pris des noms propres : Sipière, Fraisse, Gache, Affre et Fontjun.

    Le mas de Sipière (appelé plus tard le hameau de l’église). Ce mas portait le nom d’une famille très ancienne qui comptait dans ses membres un chanoine. Elle vivait dans une maison fermée par des portails dont il ne reste aujourd’hui que le porche. Ce hameau possède l’église du XIème siècle dédiée à Saint Martin. L’ancien cimetière, collatéral aux murs de l’église a été déplacé Route de Cazedarnes et sur son emplacement a été dressé la statue du Monument aux Morts du village. Dans ce vieux cimetière aux pierres tombales penchées, une croix de pierre dont les bras étaient surmontés de petites statues (ce menhir christianisé) a été déplacée dans le nouveau cimetière. Peu de temps après sa bénédiction par le curé du village, cette croix ouvragée de la fin du 15ème siècle a été volée en 1961 et a disparu dans l’oubli général des paroissiens.

    Le mas de Fraisse a conservé le nom de son fondateur. Toutes les maisons sont collées les unes aux autres et entourent l’habitation qui appartenait à Anthonie Fraisse. De nos jours, on peut voir  gravée dans la pierre sur le fronton d’une porte 1763 AF. Ces inscriptions attestent bien que la famille  Fraisse a vécu ici. Au bas de l’impasse, de l’autre côté dans la rue principale un grand mur ne présente au visiteur qu’une porte en pierre polie surmontée d’un mâchicoulis. A quelques mètres de cette défense on peut, dans un réduit, voir les  fondations d'un arc boutant soutenant une ancienne chapelle.

    Le mas de Gache. Tout comme le mas de Fraisse, il porte le nom de son fondateur. Ce mas, après avoir phagocyté le Mas d’Affre a conservé son nom.

    Le mas de Fontjun. Ce mas garde dans son isolement le nom de son fondateur d’origine. Ce lieu fut à l’origine d’un fait marquant lors de la guerre 1939-1945. Dans la descente du col vers Saint Chinian, dans le premier virage, le 6 juin 1944, les Allemands ont tendu une embuscade aux hommes qui partaient rejoindre le maquis dans des centres de regroupement pour harceler l’occupant lors du débarquement de la même année. L’embuscade a fait 5 morts et 5 blessés chez les maquisards français et 18 résistants capturés ont été fusillés au Champ de Mars à Béziers. On ne sait vraiment pas le nombre d’Allemands tués car ils emportaient leurs morts. Le 10 juin 1945 était inaugurée à Fontjun la stèle du souvenir devant 15.000 personnes.

     

    Cébazan  est situé dans un vallon où coule un torrent impétueux lors des orages aux eaux rouges comme sa terre, le Lirou. La flore est constituée de genêts, de pistachiers, de pins sylvestres, de chênes verts, de peupliers, de figuiers, d’amandiers et bien sûr de vignes. Des plantes aromatiques comme le thym, le romarin, la sarriette s’adaptent à l’acidité des terres. D’autres buissons comme le buis, le genévrier oxycèdre (cade) et la bruyère poussent sur les terrains apparemment stériles et caillouteux.

    Le mont dolomitique de Montmajou  qui signifie « Mont Majeur » a été le lieu de rassemblement des républicains de Cébazan qui avaient pris les armes pour s’opposer au Coup d’Etat de Napoléon III en 1851.  C’est aussi sur son flanc qu’un avion allemand est venu s’écraser en août 1944. Capitelles, murets et clapas abondent. Le Pech de Montmajou a la particularité de posséder un très beau dolmen situé au dessus de la route menant à Villespassan. Sur l'autre versant de la colline, le dolmen de Barrès présente aussi un intérêt archéologique indéniable. Un dolmen, c’est quoi ? Il semble que dans tous les cas il s’agit d’une sépulture destinée à un chef. Selon les spécialistes, les premiers dolmens sont apparus entre 3500 et 1700 avant JC. C’est en Ardèche où les dolmens sont les plus nombreux (400). Dans l’Hérault on en dénombre 336. Les dalles de couverture sont de l’ordre de 4 mètres et souvent d’un poids dépassant 20 tonnes.

    Ancienne route de Saint Chinian, c’est un four à chaux récemment restauré qui attire l’attention des promeneurs. Cette cheminée de 4m de hauteur permettait, à une température voisine de 1000°, pendant six jours, de produire par calcination des pierres calcaires de la chaux. Les chaufourniers se relayaient pour entretenir le feu alimenté par le bois de la garrigue environnante. Cette poudre calcaire blanche hydratée servait en maçonnerie. Les Romains connaissaient déjà sa propriété.  Mélangée à de la pouzzolane elle devenait ce mortier qui a servi de liant dans la construction du Pont du Gard. Le lait de chaux servait de désinfectant dans les étables et les écuries. La chaux a servi longtemps pour préparer la bouillie bordelaise pour combattre le mildiou de la vigne. Comme Béziers, de nombreux villages ont  possédé un four à chaux.

     

    Sur le versant opposé, le ‘’château de Camp Redon’’, cette ferme fortifiée en ruine dresse son pigeonnier-donjon au dessus d’une végétation sauvage. La porte d’entrée était surmontée d’un mâchicoulis aujourd’hui effondré. Le lierre consolide encore les murs lézardés. On peut y voir encore un four à pain.

     

    Un forage dans le lieu-dit de la Linquière a permis l’alimentation en eau de citernes DFCI réservées pour les incendies de garrigues.

     

    Mais revenons dans notre village par la rue impériale qui doit son nom au fait que Napoléon 1er l’aurait suivie lors de son retour de la guerre contre l’Espagne. Un autre chanteur plus connu, Tino Rossi, l’a empruntée avec moins de chance car il a eu un accident lors de la traversée du hameau de Fraisse. Sa voiture est passée sous une charrette de foin qui manœuvrait au milieu de la route. Le charretier, reconnaissant Tino s’est mis à chanter ‘’ bella, bella, bellé ! Ah ! Canta mé ! Ce qui a rendu encore plus furieux le chanteur.

     

    Un magnifique trompe l’œil attire les yeux des automobilistes qui entrent dans le village. Cette fresque murale représente une grappe de raisin dans son univers de vignes surmonté du pigeonnier de Saint Bauléry. L’endroit n’a pas été choisi au hasard. Il se situe près de la cave coopérative et de l’entreprise de mise en bouteilles. Cette réalisation a été faite en janvier 2007 par Mad’ Art.

     

    Cébazan est une agglomération ouverte aux arts simples. Il faut s’arrêter au MAS (Musée des Arts Simples) qui s’est ouvert dans la campagne de Sicard. Un « ferraillo-sculpteur », ainsi se définit l’artiste Moska, y a installé son atelier. C’est dans la récupération de carcasses métalliques en tous genres, de vieux outils et d’objets de fer au rebut qu’il exprime sa créativité en donnant forme à son imagination. Ici, c’est une araignée sur sa toile, là un mille-pattes, plus loin quelque chose qui ressemble à une girafe, à un échassier. Un animal qui tient du satyre si on en juge par la poignée de porte qui lui sert de sexe. Une libellule, une fourmi ailée. Les œuvres de Moska occupent tout le devant de sa maison. C’est l’exploit technique d’un artiste qui donne libre cours à son art. A l’intérieur, une petite salle est ouverte à des peintres et des céramistes.

    Bien sûr, l’activité artistique de Moska ne peut lui permettre un niveau de vie très élevé, mais on peut reconnaître l’originalité de ses créations.

    Lors de mon dernier passage devant ce musée d'art simple, Moska n'est plus, il a du déménager et essayer de retrouver une inspiration nouvelle pour ses conceptions près de Puisserguier.

     

    Ainsi se termine ce florilège sur ce petit village qui m’a vu naître et où mes racines sont profondément enfouies dans cette terre.

     

    JC d’Oc.

     Plaque sur la Place de la Liberté à CAPESTANG

     

     

     

     

     

     

     


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