• La pantigue géante

     

     

        
     Alors !  Raconte   N°5

     

                                                      La pantigue géante

     

     

     

                               Les meilleurs souvenirs d’enfance d’un enfant du pays.

     

     

     

     

     

          Personne ne peut oublier son enfance !

     

     

     

          ‘’Petit ! Ne va pas écouter les hommes qui parlent mal’’ Ainsi me recommandait ma mère de ne pas me rendre à « la Croix », un endroit abrité du vent du nord, en bordure de la nationale 112 où les hommes, le soir avant de souper, avaient l’habitude de se réunir pour parler et surtout pour rigoler. Dans les années 40, après la guerre, les plaisirs étaient minces. Les gens ne sortaient pas de leur village, mais dès qu’une occasion se présentait, ils riaient ensemble. A cette  époque on riait 20 mn par jour. Aujourd’hui une seule minute fait marcher nos muscles zygomatiques. Quel progrès ! Ces quelques lignes vous raviront.

     

            A « la Croix », un banc rustique fait d’un tronc d’arbre posé sur deux grosses pierres attirait tous les soirs une dizaine de personnes relativement âgées. Elles parlaient du temps qu’il faisait, de politique, de la mévente du vin mais surtout des femmes et des événements chez les autres (mais jamais chez eux).

     

            J’avais 12 ans et n’écoutant pas ma  mère, je m’approchais de ces ‘’galéjaïres’’  et, d’une oreille attentive, je captais leurs paroles.

     

            Les femmes  redoutaient de passer devant cette bande de ‘’colporteurs de nouvelles’’ car elles étaient sûres qu’un ragot allait fuser après leur passage. Lorsqu’une jolie fille passait, ils l’ »espépissaient », (déshabiller). Ce qui ne veut pas dire ‘’Laisse pépé pisser !’’. Ils la mariaient 10 fois en 10 mn avec les garçons du village. Ils faisaient le remembrement des vignes sans le savoir.  Ils se retournaient en gloussant et en roulant une cigarette pour faire croire qu’ils ne s’intéressaient pas à elle mais ils s’apprêtaient à allumer la mèche d’une rigolade.    Attaque fulgurante car les rires du groupe faisaient retourner la tête des femmes « «  Paouvrés couillouns ! » » pensaient elles.

     

            Les nouvelles étaient plus fraiches que le journal du jour.

     

            Tout y passait, la droite, la gauche, les curés.Tout se savait dans ce petit village de 300 habitants.  Cette réunion de vieux était appelée ‘’ Le club de l’escoupigne’’ (de la salive de vipère). C’était une redoute où les femmes n’avaient pas le droit de cité.

     

            Ils s’exprimaient en un langage ou se mêlaient le français et le patois qui est un dialecte occitan très imagé, qui déforme le sens propre et renforce le plaisir de la rigolade.

     

            Ainsi, tous les soirs, on avait des nouvelles plus fraiches que celles du Midi Libre, le journal local. Celles de Léon qui encore saoul, avait dormi dans son écurie. Sa femme Mireille lui avait  fermé sa porte.

     

            Celles de Léontine, la ‘’Jeanne d’Arc’’ du village, une force de la nature qui poussait la charrue plus que son mulet ne la tirait. Un jour après les vendanges, notre Jeanne d’Arc était en train de décuver (elle sortait de son foudre le raisin fermenté pour le presser).  Elle travaillait seule, car son mari ne supportait pas les vapeurs d’alcool. La trappe très étroite ne pouvait être franchie que par un corps mince de femme. Elle s’enduisit le corps de graisse, passa la tête puis la poitrine dans la petite trappe mais elle ne put, ni avancer, ni reculer. Un malotru passa et, soulevant le jupon fit, ce que….   Ma bonne éducation ne dira pas. Jeanne d’Arc ne fut plus la pucelle du village et Charles VII ne se fit pas connaître.

     

     

     

             Au fond de ma rue, deux personnages ont marqué mon  adolescence de souvenirs impérissables.

     

              Ernest, qui plaisantait beaucoup avait fait croire qu’une ‘’pantigue géante’’ (une pantigue est un mot patois qui désigne une grosse sauterelle avec un abdomen ventru rayé de jaune et blanc avec de longues pattes)  était entrée dans la cuve en ciment de sa cave. La nouvelle avait fait le tour du quartier. Il avait tout simplement pendue  à une ficelle une grosse aubergine. Sur celle-ci avaient été planté des plumes de poules en guise d’ailes. Par le biais du courant d’air, cet épouvantail flottait. Par la trappe éclairée par une bougie, les gens du quartier venait admirer  ‘’la pantigue géante’’  dans la pénombre. Ce spectacle, très simple à réaliser et avec la force convaincante des explications d’Ernest, animait la partie de rigolade arrosée de carthagène.

     

     

     

                Raphael, le brave homme (dans le Midi brave ne signifie pas courageux ou valeureux mais familier, un gentil personnage). Il avait construit autour de sa vigne un muret (en patois faïsse-on prononce fahisse et non fesse) d’une hauteur de 1m2O et d’une longueur de 300 m. Du bel ouvrage en pierres sèches. Il n’avait pas de niveau mais un seul marteau. Son ouvrage  a suscité l’admiration de tout le village. Une souris ne pouvait trouver refuge entre les pierres tant la surface du muret avait l’aspect parfaitement lisse.

     

               Raphael avait gardé l’accent de son Espagne natale. Il avait toujours gardé le don d’imiter les oiseaux. Les soirs d’été les gens avaient pris l’habitude de se réunir au fond de la rue où la réverbération de la chaleur dans les murs se faisait moins sentir. Ils apportaient leurs chaises basses, sortes de prie dieu, qui permettaient d’allonger les jambes. Raphael, assis sur le perron de sa maison se mettait à émettre un chant d’oiseau. Il imitait à la perfection  la chouette  (le tchott en patois). Avec ses lèvres en cul de poule  les tchou -tchou commençaient Le silence se faisait et un battement d’ailes se rapprochait dans la nuit. L’oiseau venait se poser à quelques mètres de lui. Cet homme était un précurseur. Il parlait déjà aux oreilles des oiseaux.

     

              Mais l’anecdote la plus souvent racontée était l’accouchement de Thérèze, cette femme qui chantait si bien la messe mais qui « escagassait » le latin. En effet, Thérèze était issue d’une famille de gens bien portants et même très bien portants. Son tour de taille, comme celui de ses sœurs avoisinait 1m10. On les surnommait les ‘’Peter Sister’’. Mariée à Pierre, elle tombe enceinte et grosse qu’elle était, son embonpoint augmenta considérablement. Elle avait pris l’habitude de rester dans sa chambre au premier étage de la maison.

     

              Le jour où les premières contractions de l’enfantement arrivèrent, vite le médecin du village voisin dépêché diagnostiqua qu’il fallait l’hospitaliser.

     

              Le problème se posa. La porte de sa chambre ne faisant que 70 cm de large ne pouvait permettre à Thérèze de sortir vue sa largeur abdominale. Aussi, on envisagea de la faire sortir par la fenêtre. On appela les hommes forts du quartier. On attacha la poulie à gorge au support du mur juste au dessus de la fenêtre. On mit la corde et son crochet. On  fit allonger la future maman sur une ‘’bourroune’’’ (bâche qui servait de couverture au cheval) on  prit les 4 coins avec lesquels on fit un noeud solide et Thérèze,  du lit fut hissée  sur une table près de la fenêtre.  L’embout accroché les hommes forts du bas tirèrent ensemble pour soulever les 110 kg de Thérèze.  Petit à petit, elle descendit du premier étage.  Un cri se fit entendre.  Il fallait faire vite. Est-ce de peur ou une nouvelle contraction ? Arrivée en bas, le médecin, surpris par la perte des eaux,  dit qu’il allait procéder aussitôt à l’accouchement. Elle mit au monde un beau garçon de 12 livres. Né dans une cave à vin et prédiction, il devint courtier en vin.

     

     

     

               En ce temps là on avait  le cœur à rire, ainsi, dans le groupe qui ‘’escoupignait’’ (crachait de la salive), il y avait toujours un conteur d’histoires à la parole faconde. Par le geste,  par l’intonation de sa voix,  par les mouvements de son visage et par l’observation fine des choses, il faisait revivre le passé.

     

              Mais les femmes ont toujours eu le dernier mot, celles-ci tenaient la queue de la poêle, du ménage et surtout de la bourse. Les critiques n’étaient pas sévères. Ainsi allait le village en paix.

           

     

             Il fallait bien trouver le temps de rire les 2O mn par jour, mais à ce club, ces minutes là étaient largement dépassées.

     

     

     

               Vive la rigolothérapie !

     

     

     

    JC d’Oc.

     


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  • Commentaires

    1
    Lundi 30 Avril à 23:19

    Et bien, mes zygomatiques te remercient bcp ! Grosse rigolade...clown

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