• La source du Vernazobre, Cauduro et le moulin de Malibert.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


    Alors! Raconte! N° 146

                       

                                    La source du Vernazobre, Cauduro et le moulin de Malibert.

             Notre rando  Babeau-Bouldoux vers la source du Vernazobre, Cauduro, le moulin de Malibert.

            Tout d'abord quelques mots sur cette rivière dont le toponyme signifierait " la rivière des aulnes" qui descend des Monts du Pardailhan et qui se jette un peu en amont de Cessenon après avoir parcouru 24,2 km. Née sur la commune de Riols elle prend sa source entre de grosses pierres à une altitude de 360m  puis elle rencontre le ruisseau de l' Ilouvre  qui descend de Poussarou,  puis le ruisseau de Touloubre,  passe à Saint Chinian , puis s'écoule entre Pierrerue et Combejean pour arriver aux portes de Cessenon où elle rejoint l'Orb. Cette rivière le 15 septembre 1875 marqua la vie des habitants de St Chinian . Lors d'un orage, véritable déluge provenant des monts du Pardailhan l'eau inonda les 2/3 du village emportant tous les petits moulins qui tapissaient le fond de la rivière, les passerelles et toutes les maisons construites en bordure du cours. Le village fut enseveli sous 3 mètres de boue. Le niveau de l'eau boueuse est d'ailleurs signalé sur l'ébrasement de la porte de l'église. Bilan 97 habitants disparus dont 13 membres de la famille Lacroix (une croix appelée " croix des noyés" a été érigée Rue des Jardins) - 60 maisons rayées - 80 maisons disloquées - 300 maisons endommagées- perte de 2 millions de francs or.

              Entre les villages de Pardailhan et St Jean De Minervois, où l'un est renommé pour ses navets dont la qualité est reconnue depuis le Moyen Age pour leur goût qui rappelle la noisette et le pignon et l'autre pour son délicieux muscat, le meilleur des meilleurs petits grains véritable nectar des Dieux.

             Il est blanc à l'intérieur et noir de peau, fourchu pour les uns, poilu pour les autres, mais tellement exquis, c'est une merveille gastronomique, qui suis-je ?

              Je suis le navet et mon histoire  débute au 19eme siècle sur le plateau sauvage de sol argilo-calcaire entre Saint Chinian et St Jean de Minervois. Le terrain karstique est propice à sa culture et la triple influence du climat montagnard, océanique et méditerranéen apporte de fortes variations de température entre le jour et la nuit ainsi que des pluies et brouillards d'automne et d'hiver. Le Pardailhan est le royaume de ce navet noir. Charlotte de Pardailhan propriétaire de terres profondes et caillouteuses exige de ses métayers d'être payée en navets. Cette racine, c'est de l'or. En 1885, un négociant de Saint Chinian Louis Tronc met le navet en conserves. Il reçoit plusieurs récompenses mais faute d'investissements, il ne poursuivra pas ses projets. En gastronomie il est reconnu que cet étonnant capteur d'arômes  exhale ses sucs dans une daube à la joue de bœuf ou dans le célèbre canard aux navets; aucun autre sans pareil. De l'avis de vrais gourmets, le navet du Pardailhan est sans rival.

             Mais revenons à notre Pardailhan et délaissons son chevalier Thomas de Treil initiateur de la Légion d'honneur et marchons vers notre Vernazobre qui prend sa source dans une végétation dense. De la résurgence de type vauclusienne une eau pure jaillit entre un amas de rochers éboulés dans un environnement de chênes et de hêtres. En s'approchant on perçoit le bruit de son écoulement sur les pierres  et son débit est déjà conséquent dès sa source. C'est une source généreuse, régulière qui fournit en partie l'eau à Saint Chinian et aux villages d'alentours. Son eau qui coule dans le "béal de l'abbé" permet l'arrosage de beaucoup de jardins qui bordent son cours.

            Quelques mètres plus haut (altitude 502m), le hameau de Cauduro de la commune de Babeau-Bouldoux semble avoir été oublié par le temps. Son état actuel ressemble à celui du 17ème siècle et serait propice pour le tournage du film Jacquou le Croquant. Ses habitants n'étaient pas riches, ils possédaient une maison, une bergerie avec quelques chèvres et moutons, un jardin en terrasse qu'ils appelaient "les Horts", quelques hectares de chênes verts, deux à trois hectares de terres labourables " les Pios" quelques pieds de vignes et 2000 ou 3000 m2 de châtaigneraies " Ginasser" A la fin du 16ème siècle, on comptait 4 à 5 familles qui portaient le même nom Tabouriech. Le petit cimetière qui borde l'église en témoigne, six Tabouriech sur huit tombes. En 1820, il y avait une dizaine de familles pour 90 habitants. En 1914, la grande guerre a mobilisé 11 conscrits. Ils sont partis en charrette jusqu'à la gare de Saint Chinian après de joyeuses festivités qui leurs ont porté chance puisque tous sont revenus en 1918 sains et sauf mais ils ne revinrent pas dans le village où ils virent le jour. Après la guerre 1914-1918, le village se vida et il ne restera que la famille Robert, le père, la mère et leurs 4 enfants Emile qui fut berger, Yvonne et Marie et Paul le cultivateur. Ce dernier à rejoint le paradis des laboureurs en 2002.  Aujourd'hui sur les 15 maisons du hameau, 7 ont retrouvé vie en des gites ruraux. On peut encore visiter un four communal dit "four banal" avec sa lourde porte en fonte, une maie pour pétrir la pâte ainsi qu'un outil hors du monde moderne, un "ventadou" qui permettait d'extraire le son de la farine.

             Une célébrité de ce hameau vit le jour en 1914, mon ancien professeur d'anglais et d'histoire  Raoul Bayou. Il fut maire de Cessenon et député de 1958 à 1986, questeur à l'assemblée nationale et ardent initiateur de l'AOC Saint Chinian en 1982.  " Hello Raoul ! Paix with your heart !" (Salut Raoul ! Paix à ton âme !).

            Dans ce parc naturel régional du Haut Languedoc, l'eau coule en abondance et le Vernazobre faisait tourner de nombreuses meules en pierre. A Malibert le moulin qui est encore debout possédait deux meules et pouvait moudre jusqu'à 100kg de blé par jour soit 50kg de farine. Le meunier plaçait le blé dans une trémie cet entonnoir en bois déversait le blé au dessus de la meule, il contrôlait le débit de l'eau à l'aide d'une vanne  dans la salle d'eau ainsi que le mécanisme du moulin et en augmentant le débit de l'eau sur les pales, le moulin se mettait à fonctionner. Le souci majeur du meunier était la qualité de la farine. Il fallait une farine fine, légère et blanche. Il la tamisait (le blutage) pour obtenir de la fleur de farine. Les paysans venaient ensuite récupérer leurs lots afin de faire leur bon pain cuit dans le four communal (le four banal) de chaque village.  Le pain était l'élément de base  en France et il existe différentes sortes de céréales - l'épeautre (l'ancêtre) le millet, le seigle, le sarrasin et le blé qui ont fait le plaisir de notre enfance. Le meunier est resté jusqu'au 19ème un personnage particulier au centre de la vie sociale du village. Il est au courant de tout ce qui se passe dans les chaumières et chez lui tout se sait du canton au quartier. C'est le lieu de rencontre des gens du village, de ses voisins. On le reconnait par sa chemise et son bonnet blanc.

             A Saint Chinian, avant la catastrophe de 1875, de nombreux foulonniers pratiquaient le foulage des draps sur le cours du Vernazobre. La pratique consistait à malaxer et frapper les étoffes pour les assouplir. On ajoute à l'eau de l'argile et de l'urine humaine qui assurent le nettoyage et le blanchiment des draps. Dans les foulons,  les tissus, les cuirs et les peaux étaient frappés par des maillets fixés sur un tambour actionné par l'eau de la rivière. Un drap foulé valait deux fois le prix mais les rêves n'ont pas de prix.

             Mais un jour, la culture du blé non rentable fut remplacée par la vigne et les petits moulins ne tournèrent plus, ils tombent en ruine et deviennent de nos jours le refuge de la végétation et des animaux de la forêt.

            Ainsi se termine cette belle histoire sur ce petit coin de France.

    JC d'Oc 03/2015

     

     

     


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