• Le chemin des Capitelles

     

     

     

     

    Alors! Raconte! N° 105

     

                                                                                                     Le chemin des Capitelles.

     

         Le Midi de la France est terre d'élection des capitelles. Ces constructions en pierres sèches sont attestées dès 1620 dans l'Hérault et le Gard mais la question de la datation reste encore au stade de la recherche. Le terme francisé capitelle, emprunté de la garrigue de Nîmes s'est imposé dans l'Hérault. Mais cette appellation occitane  '' capitèl'' varie selon les terroirs, selon la langue occitane parlée au 15ème siècle, selon les villages, selon aussi leur utilité, en granges à Roujan, chambrettes à coté de Nébian, en carabelles à Faugères, en nichettes à Montbazin, en agachon pour les affûts à meurtrières de tir, en aiguier pour les cuviers ou citernes de vignes, en poulinières pour les poulaillers et combien d'autres…. Les capitelles servaient le plus souvent de cabanes à outils et même les chasseurs les utilisaient pour laisser faisander le gibier qu'ils avaient tué. Ainsi, accrochés à une liane de raphia, lièvres et bécasses pendaient dans ce garde-manger qui restait relativement frais pendant plusieurs jours.

         Très nombreuses au XIXème siècle dans la partie méridionale du sud de la France , elles restent très mystérieuses du fait qu'elles n'ont pas d'existence légale. Elles ne figuraient ni sur les actes de vente , ni sur les cadastres et pourtant l'histoire de la pierre sèche, c'est l'histoire récente de nos campagnes. Il faut écouter les représentants du monde rural qu'on nomme les ''anciens'' parler de leur "chambrettes" surement propices à leurs fougues amoureuses de leur tendre jeunesse.

             Beaucoup sont encore en excellente conservation car les ''forçats des cailloux'' ces murailleurs de l'extrême ont su choisir les pierres selon leurs formes, leurs couleurs et leurs tailles. Ils ont réalisé le calage des pierres, mais aussi les voûtes selon la technique de l' encorbellement  car les pierres sont posées en corbeau. Chaque rang avance sur le précédent (dépassement de 1/3 pour le porte- à- faux dans le vide et 2/3 pour le contrepoids). La stabilité de l'ensemble est régie par le poids de la lauze faitière, celle qui surmonte tout l'édifice. Au dessus de la porte un linteau était constitué, soit en bois mais le plus souvent par le  bloc d'une pierre plate. La porte basse ne dépassant jamais la taille humaine était en général tournée vers l'est soleil levant. Ce qui régulait la température intérieure en toutes saisons.

               Mais le titre de cet article serait usurpé si nos chemins de randonnées ne nous amenaient sur le Roc de Saint Chinian, route de Villespassans où dominent les ailes d'un moulin  restauré depuis une dizaine d'années. Si vous avez été un téléspectateur attentif du tour de France  2011, vous avez aperçu les ailes du moulin tourner pour la circonstance.

               En cheminant tranquillement, on découvre des capitelles sur le plateau des Guitardes. Le sentier fait découvrir l'art de la pierre sèche qui pendant des décennies a été la cause de la pauvreté des sols. Elles portent souvent le nom des propriétaires. L'association qui a réhabilité ce lieu, s'est servie de la capitelle type de l'Oliu ( qui n'existait pas) comme capitelle-école pour '' se faire la main'' avant de restaurer les 9 autres constructions.


     La première est la capitelle Seguin. Le nom de l'ouvrage est celui de la famille qui possède le terrain. Cette capitelle est encastrée entre deux pierriers.

     

     

     

     

     

     

    La deuxième est L'hort de Chiquille. Il s'agit d'un ancien jardin réhabilité. Chiquille était le surnom du propriétaire. Une petite particularité, la porte est de forme triangulaire.

     

     

     

     

     

     


        La troisième est la capitelle du Cagarau. Il faut prononcer cagaraou en occitan qui signifie escargot. C'est le surnom que l'on donnait à son ancien propriétaire. C'est une capitelle tournée vers l'est avec une porte surbaissée. En été le soleil assez haut pénètre moins à l'intérieur et au contraire en hiver, les rayons du soleil plus bas entrent plus facilement dans l'habitat. Ce qui régule sa température tout le long de l'année. Son toit est surmonté d'un monolithe vertical.

     

     

     

     

                                                                                                                                 La quatrième est la capitelle du laurier d'Apollon. Derrière un laurier, se trouve l'entrée de la capitelle dont la porte est couronnée d'un linteau en pierre. Sa voute en encorbellement repose sur deux montants construits avec des pierres longues puis courtes croisées dans les deux sens.

     

     

     

     

     

     


     

     


    La cinquième appelée ''le belvédère'' est située face au grandiose paysage du Saint-Chinianais. Très beau mariage des couleurs des pierres.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


                                                                                                                                                                                     La sixième est la petite capitelle du Cantou. Elle est située dans un angle d'une parcelle c'est à dire en coin ( cantou=petit coin en occitan). Elle était utilisée pour de multiples usages : abriter les hommes mais aussi elle accueillait des outils et parfois la récolte du propriétaire.

     

     

     

     

     

     

     

     La septième est la capitelle de '' Lo Claus''. C'est en arrivant sur le site de La Passéjade ( promenade en occitan) que se trouve cette primitive bergerie avec son enclos ( lo claus en occitan) qui servait à recevoir des animaux d'élevage.

     

     

     

     

     

     

     

     

     La huitième est celle de l'Oliu (olivier) qui a servi de capitelle-école. Cette dernière entièrement neuve a permis aux bénévoles de se familiariser aux techniques de la pierre sèche. C'est la capitelle type. Elle est cylindrique à la base et possède un toit rond. Une très belle construction.

     

     

     

      
    Les deux dernières n'ont pas encore reçu de nom. Sœurs siamoises, elles sont dos à dos enserrées dans une murette.

     

     

     


         Puis pour terminer cette énumération, il faut aussi voir l'ingéniosité des bergers. A un endroit précis, dans le site de la ''Passéjade'', le mur d'enceinte est percé à sa base pour le passage emprunté par les moutons " l'osca". Il permettait aux animaux de passer en file les uns derrière les autres, ce qui permettait de les compter plus facilement.

     

     

     


     

     

     

     

    Toutes ces capitelles sont de véritables monuments qui appartiennent au patrimoine régional. C'est le musée de notre histoire  qui porte le témoignage de cette vie rurale de nos ancêtres dans cet environnement encore préservé. Elles sont les victimes d'un faux sommeil. Elles sont temples et trophées plantés sur notre terre.

                   Il faut aller les visiter, il y a des bancs, un belvédère et des panneaux d'informations décrivant la flore du lieu mais aussi son histoire. Ce chemin des capitelles a reçu le premier prix départemental du patrimoine et des musées de l'Hérault pour ces constructions.

    JC d'Oc  12/2012.

          

           


  • Commentaires

    1
    paul
    Lundi 19 Février à 18:57

    tres beau travail merci pour les explications smile

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