• Un village de l'Ouest Héraultais

     

           
     

    Un village de l' Ouest héraultais

     

    Un village de l' Ouest héraultais

     


                                              

    Alors! Raconte! N° 195

     

                                     Un village de l'Hérault

    .      Petit ! Viens sur mes genoux, écoute l'histoire de ma vie, de mon village C'était un grand livre  qui s'ouvrait sur les bois et dans les vignes. Mon grand père Louis caché derrière un gros nuage semble me dire ces mots qui sortaient de sa moustache " tu as de la chance, tu es né dans ce village de Cébazan il y a 80 ans et il conserve toujours ton attrait et son identité. Pourquoi es tu parti pour en faire aujourd'hui le centre du monde. Le temps s'est vite accéléré et de ce passé un devoir de mémoire s'impose.

             Voici, une maquette d'album pour une histoire qui me tient à cœur, inspirée par le paysage urbain autour de chez moi.

            Tiens !     Une cloche sonne,  sonne. A longueur de jour et de nuit, les cloches du village font vibrer leurs battants à des moments précis. La cloche municipale, celle placée sur le toit de la mairie s'ébranle toutes les heures, les demi-heures ou même tous les quarts d'heures. Depuis le Concorda elle donne l'heure aux paysans qui travaillent dans les vignes. Elle rythme leur vie.  Dans nos villages " la campana souna, es l'oura d'ana mantja" (la cloche sonne, c'est l'heure d'aller manger) Une cloche concurrente, celle placée sur le clocher de l'église annonce trois fois par jour l' Angélus mais aussi lors des offices religieux ( le premier, le second et le dernier) . C'était l'appel des bigots et des bigotes qui dans leurs chaussures noires cirées et coiffées de leur câline* descendaient vers l'église. Mais aussi au moment de l'élévation, à toutes volées pour les mariages mais aussi lors des décès avec une sonnerie plus lente et plus grave la cloche était tirée.

              Mais les cloches portent gravée la mémoire et l'âme du village. C'est ainsi que, à Cessenon le 22 janvier 1922, le cardinal de Cabrières vient bénir trois cloches à l'église. L'une d'elle, appelée Marie Rose, porte gravée sur ses flancs les noms des 69 soldats du village morts pour la France. Cette épigraphie campanaire que beaucoup de personnes ignorent est frappée tous les dimanches mais la mémoire des jeunes soldats morts pour la France n' est rappelée que le 11 novembre. Saviez vous que les cloches ont toutes un parrain ou une marraine. Elles portent un nom  ainsi que leur date de fabrication. Beaucoup ont été coulées dans l'ancienne fonderie d' Hérépian. Au musée situé dans l'ancienne gare d' Hérépian, cloches d'églises, clarines et grelots n'ont point de secrets.

               Puisque nous avons vécu un temps sans Smartphone, rappelez vous les bruits qui pour nous étaient ordinaires. Le marteau du maréchal-ferrant, la voix et la trompette du crieur public qui annonçait la présence du poissonnier sur la place du village, celui du "peillarot" qui achetait les peaux de chèvres, de lièvres et de lapins. Il criait " pels de crabos, des lebre et pels de lapin" .  On lui donnait aussi les vieux vêtements, les "peilles" disions nous, mot de l'origine de son surnom. Les chèvres qui bêlaient pour rejoindre le troupeau du chevrier  L'aiguiseur de couteaux et de Ciseaux qui avec ses pieds actionnait cette grande roue de vélo qui faisait tourner sa meule. Dans la rue, les chevaux qui allaient labourer claquaient leur sabots sur le sol empierré et les charrues portées sur un support à deux roues métalliques faisaient un bruit d'enfer. Ce concert qui dans les années 50 charmait nos oreilles était agrémenté par les aboiements des chiens,  le chant des coqs, le miaulement des chats qui se battaient en période de chaleur. Par contre  tout le monde était devant sa porte pour écouter le dimanche matin le chanteur des rues qui pour quelques pièces s'égosillait sur des chansons de Tino Rossi et de Berthe Silva . Le ramoneur passait une fois par an, noir comme un corbeau, le hérisson   sur son épaule. Puis il y avait le charivari que faisaient les conscrits avant leur incorporation dans l'armée et la fête du village avec les musiciens grimpés sur une charrette qui jouaient les morceaux demandés par les gens lorsqu'ils faisaient le tour de ville .

              Enfin, tous ces bruits ont été , après la guerre, remplacés par les moteurs, par les radios puis vers 1960 par la télévision.

             " Aqui radio Andorra", una émission de la Principauté d'Andorra.  Zappy- Max qui présentait "Quitte ou Double", Monsieur Champagne qui devait répondre tous les midis à des questions des auditeurs avec la rengaine "Merci, merci, Monsieur Champagne, vous nous avez bien renseignés ou  Zéro, Zéro,  Monsieur Champagne, vous avez mal renseignés ! sur un jeu de questions toutes simples qui faisaient la joie des gamins que nous étions. Line Renaud chantait "Ma cabane au Canada", si on ne la connait pas par cœur, c'est qu'on est sourd. 

            Tous ce monde était enchanteur. Le monde entier était dans le poste de radio Pathé Marconi installé sur le buffet où il fallait souvent appuyer sur les lampes pour le remettre en marche. La messe du dimanche matin était réservée à ma grand mère, le tour de France à mon père et le soir, le bal pour ma sœur.

            On se souvient de cette ambiance qui régnait dans le village, Puis ma grand- mère, toujours un œil rivé vers le fond de la rue et les oreilles aux aguets. Elle attendait le passage des ouvriers qui allaient travailler l'après midi pour plier son couteau et partir les rejoindre  (car à l'époque il n'y avait pas de retraite pour les vieux travailleurs).

            Il me reste un souvenir ineffable de cette époque et maintenant qu'est-ce qu'on attend pour être heureux. Ce temps là était magnifique, notre jeunesse, notre enfance, c'est beau de redevenir jeune dans l'ambiance d'autrefois.

    * câline: coiffe régionale.

    Câline : coiffe féminine plissée, en tissu et dentelle, amidonnée, plissée. Portée notamment en Languedoc au XIXe siècle. 

    JCdoc 09/2018

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